Posté le 25.08.2008 par kabylieazouzanet
La clef du succès de la révolution Algérienne
Le déclenchement de la guerre de Libération nationale, le 1er Novembre 1954, fut l’aboutissement d’une série de contradictions engendrées par la situation coloniale.
Le blocage politique, causé par la nature du statut octroyé par l’Assemblée nationale française en 1947, particulièrement par l’opposition systématique du colonat à toute réforme visant à modifier l’ordre colonial en faveur des Algériens, a provoqué une crise profonde, non seulement parmi les courants réformistes, mais aussi au sein du mouvement le plus représentatif des classes populaires algériennes, le PPA-MTLD. Ce déclenchement intervint pour résoudre d’abord les contradictions fondamentales générées par la conquête militaire du pays et la négation de son droit à l’indépendance nationale par le pouvoir colonial, la dépossession concomitante de ses citoyens, leur domination et oppression en tant que colonisés sans droits civiques et, ensuite, pour dépasser les contradictions secondaires inhérentes à une société segmentaire, transformée par un processus de structuration socio-économique entraîné par la colonisation et la pénétration du capitalisme en une société stratifiée, qui a été dominée et divisée en classes sociales ayant non seulement des visions et des stratégies politiques différentes, mais aussi antagonistes. Les courants réformistes - qui ne se sont jamais lassés de faire appel, en vain d’ailleurs, aux principes de 1789 et au libéralisme de la république bourgeoise colonisatrice - ont perdu toute crédibilité et toute emprise sur les couches populaires. Leur voie électoraliste, légaliste et gradualiste les a poussés dans un cul-de-sac politique. Cependant, en dépit de l’intransigeance de l’Etat colonial et du torpillage systématique de toutes les tentatives de réformettes mort-nées octroyées par les gouvernements français successifs, les réformistes algériens, représentés surtout par les élus, les Oulamas et l’UDMA n’ont jamais voulu tirer les conclusions qui s’imposaient. Ils ont contribué à quémander aux gouvernements et au peuple français des réformes en vue d’assurer leur ascension sociale et aussi améliorer les conditions d’une partie au moins des populations algériennes dans un cadre français. Malheureusement, la crise politique grave de la colonie a affecté aussi le PPA-MTLD lui-même. L’embourgeoisement progressif de sa direction politique l’a induit à concentrer ses efforts sur les élections truquées d’avance par les autorités coloniales, l’agitation politique de plus en plus coûteuse et meurtrière, mais sans conséquences significatives. Le renvoi à une période indéfinie de l’action directe jusqu’à ce que « les conditions préalables à la lutte armée soient réunies » a fini par lasser la base populaire et par pousser les cadres les plus dynamiques du parti à une révolte ouverte contre sa direction politique, représentée par les membres influents du bureau politique et du comité central. Pour le courant modéré intellectualisant, la préparation technique, organique et politique de la lutte armée devait être réalisée simultanément et en conjonction avec les conditions extérieures : envoi des armes et soutien diplomatique de quelques pays arabes au moins. Cette vue n’était qu’un prétexte pour faire apparaître aux cadres activistes de l’ex-OS que le moment n’était pas encore opportun pour déclencher la guerre de Libération tant attendue par les militants de base. Cela revenait en fait à infléchir psychologiquement le PPA-MTLD vers une orientation réformiste inavouée mais réelle. Le leader du parti, qui était en résidence surveillée en France, a été contraint de dénoncer le réformisme de la direction. Quand cette dernière a remis en cause ses prérogatives, il n’a pas hésité à exiger les pleins pouvoirs pour purger le parti des éléments réformistes avant de le lancer dans l’agitation politique qui était déjà dépassée par la conjoncture de l’époque. Pour la minorité des responsables comme Ben Boulaïd, membre du comité central, et les cadres formés par l’OS, partisans de l’action directe immédiate, les critiques formulées par Messali contre la direction politique étaient légitimes et bien fondées. Cependant, le fait de faire appel directement à la base militante pour la dresser contre les membres du comité central a été considéré par eux non seulement comme un coup d’Etat illégal, mais aussi comme une pratique dangereuse qui ne peut aboutir qu’à la division du parti dans un moment décisif. Pour éviter la scission au sein de ce mouvement populaire, les leaders du groupe activiste, anciens membres de l’OS, ont mis en place, avec trois représentants du comité central, le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) dont le but principal était de faire appel à la base pour rester neutre dans le conflit opposant Messali à la direction politique. Le maintien de l’unité était considéré comme vital pour un affrontement direct avec les forces de répression de l’Etat colonial. Mais l’intransigeance de Messali, encouragée par les faiblesses et les tergiversations des hommes influents du comité central, a provoqué des luttes intestines débilitantes au sein du parti. Ces luttes ont abouti à la division du PPA-MTLD en trois tendances antagonistes : les messalistes, les centralistes et les activités de l’OS. Cet état de choses a eu pour effets immédiats la satisfaction des milieux colonialistes, le soulagement des réformistes, représentés par les élus, l’UDMA, les Oulamas et la PCA, qui ont vu les militants du MTLD durant l’été 1954, et le désarroi de la base militante qui était convaincue, depuis longtemps, que le colonialisme français en Algérie ne cédera qu’à la force. Ayant échoué dans la préservation du seul mouvement révolutionnaire du pays, conscients que la scission avait compromis les chances du passage à l’action directe par le parti en tant que parti uni et convaincus de la faillite de la direction politique, les activistes, sous l’impulsion décisive de Boudiaf, ont décidé de déclencher la guerre de Libération nationale. Tirant profit de cette situation chaotique et confuse, Boudiaf, le futur responsable du comité des six qui ai organisé le déclenchement du 1er Novembre 1954, a pris contact avec les anciens membres de l’OS qui vivaient dans la clandestinité à travers le territoire national, et même en France aussi bien qu’au Caire. Ces contacts préliminaires lui ont permis de préparer la réunion des « 22 » durant le mois de juin à Alger. Ces vingt-deux participants qui étaient d’anciens membres de l’OS ont accepté le principe du déclenchement immédiat de la guerre de libération et élu Boudiaf, au vote secret, comme responsable du comité exécutif dont la tâche était de préparer la lutte armée et d’arrêter le jour J. En dépit de la défection des représentants de Constantine, qui se sont laissés convaincre parles arguments défaitistes du comité central insistant sur les conditions préalables au déclenchement, le comité des six a accompli sa mission dans des conditions très difficiles, caractérisées par une crise générale au sein du MTLD, qui a miné l’appareil et la hiérarchie du parti, ce qui a libéré les cadres et les militants des contraints organiques et politiques. Pour la première fois depuis sa création en 1962, les membres de ce mouvement révolutionnaire se trouvèrent libres de discuter, de critiquer, de choisir et, surtout, de décider du destin du pays. Harbi a commis une erreur monumentale d’appréciation en qualifiant le déclenchement du 1er Novembre « de putsh contre la direction du MTLD » (1). Cette option a été discutée au sein du parti pendant plus de trois mois. Car, devant la popularité du messalisme parmi les militants de base, les partisans de l’action armée ont été contraints de la soulever en tant que seule alternative pour débloquer l’impasse politique et résoudre la crise du Mouvement nationaliste révolutionnaire. Seulement, la date exacte du déclenchement a été gardée secrète.
les préparatifs du déclenchement
Les préparatifs pour la lutte armée étaient multiformes. Sur le plan politique, devant le refus de plusieurs personnalités en vue du parti, telles que Lamine Debaghine et Abdelhamid Mehri, d’accepter de prendre la direction de l’insurrection, le Comité des six a opté pour la direction collégiale et fermé définitivement l’accès à la direction politique à des non-participants aux préparatifs du déclenchement du 1er Novembre. Pressés par le temps et les évènements, les fondateurs du FLN et de l’ALN ont décidé de déclencher d’abord avec les moyens de bord et d’organiser ensuite. En effet, selon l’un des participants à la réunion des « 22 » « la seule issue possible qui s’offrait au peuple algérien était de précipiter le déclenchement armé de la révolution sans attendre une étude minutieuse et précise à suivre, sans attendre l’élaboration complète d’un programme d’action et d’une coordination à tous les échelons ». (2) Cette décision visait à boucler le bec de ceux qui voulaient d’abord créer les conditions préalables de réussite avant de passer à l’action directe. Sur le plan organisationnel, le Comité des six divisa le pays en six zones politico-militaires. Chaque zone a été subdivisée en plusieurs régions et chaque région en nombres variables de secteurs. La zone I, comprenant les Aurès-Nememcha, fut confiée à Ben Boulaïd, la zone II, le Nord constantinois à Didouche, la zone III, les deux Kabylies à Krim, la zone IV, l’Algérois à Bitat, zone V, l’Oranie, Ben M’hidi et le Sahara devait être érigé en zone VI qui serait commandée par un ancien adjudant de l’armée française nommé Slimane, fils du cadi de Colomb-Béchar. Il était en fait un agent des services secrets de l’Etat colonial. Il aura à son actif l’arrestation, en mars 1955, de l’un des membres du Comité des six et chef désigné de la zone IV, Bitat. Chaque zone jouissait de toute la liberté jusqu’à nouvel ordre. Les responsables des préparatifs ont crée le FLN et l’ALN. Le premier représente la nouvelle organisation politique de la lutte, et la seconde constitue son instrument militaire. Dès sa genèse, le FLN, conçu dans l’esprit de ses fondateurs comme faisant partie intégrante et inséparable de l’ALN - qui est l’outil de réalisation de ses objectif -, fut considéré comme l’incarnation de la nation en guerre et, par conséquent, le seul représentant de la volonté nationale. Enfin, pour s’assurer un appui extérieur, des contacts ont été rétablis avec Ben Bella, Aït Ahmed et Khider - tous trois recherchés par la police coloniale en raison de leurs activités dans le cadre de l’OS - qui s’étaient réfugiés au Caire. Mais, malgré l’association de ces représentants du MTLD à l’extérieur aux préparatifs du déclenchement de la lutte armée, la primauté de l’intérieur sur l’extérieur a été affirmée dès le début du FLN. Ce « principe était juste dans son esprit dans la mesure où il signifiait que rien ne pouvait être fait sans l’accord de ceux qui se battaient sur le terrain. » (3) Les responsables du déclenchement de la guerre de Libération ont tiré des leçons utiles de l’échec des AML, de l’impasse électoraliste, du refus persistant des formations politiques réformistes qui sont rejeté toute idée d’une action unitaire sur la base d’un programme politique. Pour ces pères fondateurs, il n’y avait pas d’autres choix possibles : le salut national exigeait plus qu’une alliance sacrée des temps de guerre pour libérer la patrie occupée. Les conditions objectives et subjectives prévalant à l’époque en Algérie militaient en faveur de la formation d’un front de libération nationale transclassiciste et d’une armée unique ayant pour but de réaliser les objectifs politiques définis par le PPA-MTLD. Pour compléter tous les préparatifs, les responsables du déclenchement ont rédigé une proclamation qui sera diffusée en Algérie et au Caire, précisant, entre autres choses, les raisons du passage à l’action directe, les objectifs, le programme politique du FLN ainsi que les conditions d’un cessez-le-feu. Comme le contenu et le ton de ce texte sont très révélateurs de l’état d’esprit, de l’orientation idéologique et du style politique des fondateurs du FLN, il est pertinent de reproduire ici les passages essentiels de cette proclamation historique.
I- les raisons du déclenchement
« Peuple algérien, militants de la cause nationale, à vous qui êtes appelés à nous juger (le premier d’une façon générale, les seconds tout particulièrement), notre souci... est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir... Notre but demeure l’indépendance nationale. Nous considérons qu’après des décades de lutte le Mouvement national a atteint sa phase finale de réalisation. En effet, le but d’un mouvement révolutionnaire étant de créer toutes les conditions d’une action libératrice, nous estimons que, sous ses aspects internes, le peuple est uni derrière le mot d’ordre d’indépendance et d’action et sous les aspects extérieurs, le climat de détente est favorable... Les évènements du Maroc et de la Tunisie sont à ce sujet significatifs et marquent profondément le processus de la lutte de libération de l’Afrique du Nord. A noter dans ce domaine que nous avons, depuis fort longtemps, été les précurseurs de l’unité dans l’action, malheureusement jamais réalisée entre les trois pays. Aujourd’hui, les uns et les autres sont engagés résolument dans cette voie, et nous, relégués à l’arrière, nous subissons le sort de ceux qui sont dépassés. C’est que notre mouvement national, terrassé par des années d’immobilisme et de routine, pensable de l’opinion populaire, dépassé par les évènements, se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l’avant-garde algérienne. L’heure est grave ! Devant cette situation qui risque de devenir irréparable, une équipe de jeunes responsables et militants conscients, ralliant autour d’elle la majorité des éléments encore sains et décidés, a jugé le moment venu de sortir le mouvement national de l’impasse où l’ont acculé des luttes de personnes et d’influences pour le lancer... dans la véritable lutte révolutionnaire. Nous tenons, à cet effet, à préciser que nous sommes indépendants de deux clans (4) qui se disputent le pouvoir. Plaçant l’intérêt national au-dessus de toutes les considérations mesquines et erronées de personnes et de prestige, conformément aux principes révolutionnaires, notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul ennemi et aveugle, qui s’est toujours refusé à accorder la moindre liberté par des moyens de lutte pacifique ».
II- grandes lignes de notre programme politique
Pour réaliser les objectifs que ses fondateurs lui ont assignés, le FLN-ALN offre la possibilité à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens de s’intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération et sur la base de ce programme politique ayant pour but l’indépendance nationale par : 1- La restauration de l’Etat algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. 2- Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de race et de confession. Objectifs intérieurs :
- Assainissement politique par la remise du mouvement national révolutionnaire dans sa véritable voie et par l’anéantissement de tous les vestiges de corruption et de réformisme, causes de notre régression actuelle ;
- Rassemblement et organisation de toutes les énergies saines du peuple algérien pour la liquidation du système colonial.
- Objectifs extérieurs : internationalisation du problème algérien ; réalisation de l’unité nord-africaine dans son cadre naturel arabo-musulman. Moyens de lutte :
- Conformément aux principes révolutionnaires et compte tenu des situations intérieures et extérieures, la continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but. « Pour parvenir à ces fins, le FLN aura deux tâches essentielles à mener de front et simultanément une action intérieure tant sur le plan politique que sur le plan de l’action directe et une action extérieure en vue de faire du problème algérien une réalité pour le monde entier avec l’appui de tous nos alliés naturels. C’est là une tâche écrasante qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies et toutes les ressources nationales. Il est vrai, la lutte sera longue, mais l’issue est certaine ».
conditions du cessez-le-feu
En dernier lieu... pour prouver notre désir réel de paix, limiter les pertes en vies humaines et les effusions de sang, nous avançons une plate-forme honorable de discussions aux autorités française si ces dernières sont animées de bonne foi et reconnaissent une fois pour toutes aux peuples qu’elles subjuguent le droit de disposer d’eux mêmes. 1- La reconnaissance de la nationalité algérienne par une déclaration officielle abrogeant les édits, décrets et lois faisant de l’Algérie une terre française en déni de l’histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des mœurs du peuple algérien. 2- L’ouverture des négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, unie et indivisible. 3- La création d’un climat de confiance par la libération de tous les détenus politiques, la levée de toutes les mesures d’exception et l’arrêt de toute poursuite contre les forces combattantes. En contrepartie : 1- Les intérêts français, culturels et économiques, honnêtement acquis, seront respectés ainsi que les personnes et les familles. 2- Tous les Français désirant rester en Algérie auront le choix entre la nationalité d’origine et seront de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur ou opteront pour la nationalité algérienne et, dans ce cas, seront considérés comme tels en droit et en devoirs. 3- Les liens entre le France et l’Algérie seront définis et feront l’objet d’un accord entre les deux puissances sur la base de l’égalité et du respect de chacun. « Algérie ! Nous t’invitons à méditer notre charte ci-dessus. Ton devoir est de t’y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté » Le recrutement des combattants a été affecté par deux facteurs : le temps et le manque quasi absolu des armes. En dehors des Aurès et de la Kabylie où les militants détenaient quelques armes, les responsables des autres zones n’ont pu, en l’espace d’à peine trois mois, se procurer assez d’armes pour mobiliser les militants nationalistes. Face à une armée coloniale régulière de 56 500 soldats (en plus de la police et des civils armés), les fondateurs du FLN-ALN n’ont pu recruter qu’un effectif de combattants en armes estimé à environ 960, répartis à travers le territoire national comme suit : 350 dans les Aurès - Nememchas, 50 dans le Nord constantinois, 450 en Kabylie, 50 dans l’Algérois et 60 en Oranie. A l’exception de la zone I, partout ailleurs l’armement a été d’une très mauvaise qualité (5). Quel que soit le nombre exact des combattants armés, l’ALN attaqua le 1er Novembre 1954 plusieurs objectifs militaires et civils stratégiques ennemis à la même heure et à travers l’Algérie. Le déclenchement de la lutte armée et la diffusion de la proclamation esquissée ci-dessus provoquèrent des réactions et prises de position diverses aussi bien en Algérie qu’en France.
la réaction française : la guerre à outrance
Toutes les réactions et prises de position françaises initiales étaient prédéterminées par les vieux mythes colonialistes tels que l’Algérie c’est la France, de Dunkerque à Tamanrasset, la Méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris. La presse française réaffirma la souveraineté française et accusa les pays membres de la Ligue arabe. Pour l’éditorialiste du Figaro du 2 novembre 1954 « la ligue arabe, les exilés du Caire... ne sont sans doute pas les seuls à jouer contre nous la politique du pire... » Le Monde du 3 novembre observa qu’« on objectera que les attaques... n’ont pas le ton messaliste. Elles ne se sont accompagnées... d’aucun mouvement de masse, d’émeute, de soulèvement. L’émeute une fois passée, on ne signalait pas d’effervescence suspecte. Il faudrait donc admettre que l’on se trouve en face d’une organisation étrangère aux formations nationalistes ». Pour l’Aurore du 5 novembre « les exécutants sont armés et commandés du dehors ». A son tour, France Observateur rétorqua qu’« il ne faut pas exclure que les provocateurs aient pu jouer sur l’exaspération des nationalistes extrémistes afin de briser toute évolution positive et de faire déclencher la répression » ; leur but serait d’« obliger le président du Conseil, P. Mendès France, à se désavouer ou à se démettre » en créant « l’irréparable au Maghreb ». Pis encore, L’Humanité, exprimant la position du PCF, invoquant l’enseignement de Lénine, condamna « le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient pas fomentés par eux... » (6) Ce fut ainsi que la presse française, de droite aussi bien que de gauche a présagé ou, plutôt, préconditionné les positions officielles des dirigeants politiques de l’Etat français de cette période. En effet, les réactions et prises de positions des leaders furent inaugurées par la déclaration de Léonard, gouverneur général, diffusée le 5 novembre par Radio-Alger : « Je dirais... que ces faits témoignent d’un propos délibéré, alors que l’Algérie vivait dans l’ordre et la paix, alors qu’absolument rien ne pouvait justifier une telle agression, d’étendre à nos trois départements les désordres sanglants qui désolent les territoires voisins. Pour connaître les origines d’un tel complot, il suffit d’écouter les appels frénétiques de certaines radios étrangères et de savoir les liens directs qui unissent les dirigeants de cette entreprise lointaine avec les groupements terroristes qui ont opéré en Algérie. » Pour Mitterrand, ministre de l’Intérieur de l’époque, « la seule négociation avec les hors-la-loi, c’est la guerre », affirma-t-il le lendemain du déclenchement. Le 7 novembre, il réitéra sa volonté belliqueuse en déclarant que l’« Algérie, c’est la France ». Le 12 novembre, le Premier ministre Mendès France exprima la position du gouvernement français dans un discours prononcé durant un débat à l’Assemblée nationale en termes fermes et sans aucune nuance ni ambiguïté : « Qu’on n’attende de nous aucun ménagement avec la sédition, aucun compromis avec elle... Les départements de l’Algérie... sont français depuis longtemps... La France ne laisse pas mettre en cause son unité. Entre elle et la Métropole, il n’est pas de sécession convenable... Jamais la France, jamais aucun parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. » En raison de telles intransigeances et prises de position belliqueuses, la guerre s’annonça dure et longue. Devant l’accroissement et l’extension des actions de l’ALN, des renforts successifs ont été dépêchés de France pour garder l’Algérie française. En février 1955, les effectifs militaires français atteignent (sans compter les goums, mercenaires, traîtres algériens et la police coloniale) 83 400 hommes. Bientôt, ces effectifs dépasseront plus de 600 000 hommes face à un nombre de combattants de l’ALN et de supplétifs variant entre 15 000 et 25 000 hommes. La détermination des gouvernements français s’intensifiait de jour en jour. En effet, quinze mois après le déclenchement du 1er Novembre 1954, le président du conseil, Guy Mollet, réaffirma, le 9 février 1956, emphatiquement : « Le gouvernement se battra, la France se battra pour rester en Algérie et elle y restera. Il n’y a d’avenir pour l’Algérie qu’avec la France. » Désormais, fort du soutien de l’assemblée nationale qui lui a accordé les pouvoirs spéciaux, le gouvernement socialiste, présidé par Guy Mollet, donnera carte blanche aux généraux pour mater la rébellion, anéantir les bandes de hors-la-loi et rétablir la paix coloniale. La découverte des hydrocarbures au Sahara en 1956 contribua au durcissement de la position française. Incapable d’intensifier la guerre pour maintenir l’Algérie française tout en gardant la Tunisie et le Maroc sous sa domination directe, la France fut contrainte par la tournure des événements d’accorder à ces deux pays voisins d’abord l’autonomie interne et, ensuite, l’indépendance. Cette paix séparée a permis au pouvoir colonial de concentrer ses troupes en Algérie en vue de tenter, en vain, de détruire les unités de l’ALN et de démanteler l’organisation du FLN. Croyant à tort que le président Nasser était l’instigateur principal de la rébellion algérienne, le gouvernement socialiste de Guy Mollet entraîna la France dans l’agression tripartite contre l’Egypte en 1956. Cependant, le succès militaire, politique et diplomatie de la résistance algérienne finit par provoquer une triple crise : gouvernementale, parlementaire et financière en France. Devant ce désordre politique et économique, les généraux ont opéré un putsch militaire en Algérie, grâce auquel le général de Gaulle fut rappelé au pouvoir par un parlement acculé. Ce qui entraîna l’écroulement de la IVe République et l’établissement de la Ve. Une fois au pouvoir, le général de Gaulle procéda à la « décolonisation de l’Afrique française », afin de concentrer l’effort de l’armée sur la « pacification de l’Algérie » ! Il accorda aussi dans le domaine militaire carte blanche aux généraux pour essayer, en vain, d’anéantir les combattants de l’ALN. En dépit d’énormes difficultés créées par les opérations Challe (7), l’ALN a non seulement réussi à survivre, mais elle a continué à harceler les forces ennemies à travers tous les coins du territoire national. Les coûts de la guerre ont atteint des niveaux insupportables. Par exemple, les dépenses militaires annuelles de l’Etat français s’élevèrent de 2,8 milliards de nouveaux francs en 1955 à 10 milliards en 1960. (8) L’effort de guerre français, visant à maintenir le statu quo colonial, a entraîné la radicalisation de la guerre d’indépendance.
de la guerre révolutionnaire de libération à la révolution socio-politique
La guerre à outrance que l’armée d’occupation a menée contre les résistants algériens et surtout les populations rurales (comprenant plus de 80 % des habitants), qui les logeaient, les guidaient, les nourrissaient et leur fournissaient des combattants et des auxiliaires, a fini par transformer une guerre révolutionnaire en une véritable révolution. Elle a abouti à un changement des rapports de force au sein de la société en faveur des couches populaires et des activités qui ont eu le mérite de débloquer une situation politique paralysée par l’inertie, l’inconséquence et l’inefficacité des dirigeants des rassemblements, mouvements et partis politiques réformistes. En effet, une fois leur première mission accomplie, les chefs politico-militaires des zones et leurs hommes se regroupèrent afin de procéder à la mise en place, à la consolidation et à l’extension en arabe nidham. Leur tâches principales étaient de structurer les populations rurales et urbaines, démultiplier le recrutement des militants du FLN et des combattants de l’ALN, d’établir des bases sûres, des réseaux de communications et de la logistique. Durant des mois, les armes des combattants réguliers provenaient des récupérations effectuées par l’ALN dans les embuscades et les accrochages avec l’armée française. Dès le début, la stratégie de l’ALN peut être résumée ainsi : survivre c’est vaincre. En effet, étant donné l’inégalité des forces des deux adversaires, les affrontements militaires classiques étaient exclus, sauf dans de rares cas. L’ALN a eu pour directive de frapper et se replier vite. Cette tactique lui a permis non seulement de se procurer des armes, des munitions et même des habits, mais surtout de garder l’initiative et l’avantage offert par l’effet de surprise. Conscients des faiblesses numériques et matérielles de la résistance des forces centrifuges latentes inhérentes à une société segmentaire et surtout marquée profondément par l’histoire du mouvement national et de l’expérience traumatique de la crise du PPA-MTLD, les fondateurs de la révolution de Novembre ont mis en place, graduellement, une organisation révolutionnaire omniprésente, autoreproductrice et, par conséquent, imbattable à long terme. Se basant sur le vieil adage : l’union fait la force, ils ont demandé à toute la population algérienne d’accepter de se soumettre aux exigences de la dynamique unitaire et organisationnelle mise en mouvement par le PPA-MTLD depuis les années 1920, à sa logique et à ses implications politico-militaires. En effet, la réalisation des objectifs assignés à la nouvelle organisation politico-militaire exigea l’imposition du FLN comme un parti-nation.Ainsi,lesdifficultéset problèmes créés par les inégalités des forces algériennes et françaises ont été finalement surmontés par une efficience organisationnelle, rendue possible par une direction politique unique. Cette combinaison constitua l’avantage à la fois stratégique et tactique de la résistance algérienne. Le procès-verbal du congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956, révéla les progrès énormes réalisés par la révolution armée au bout de vingt et un mois. Sans compter la zone I qui n’était pas représentée en raison de la mort de son commandant en chef, Ben Boulaïd, la révolution disposait déjà de 7469 combattants réguliers, de 15 570 partisans civils (moussebiline), de 2464 armes de guerre, de 893 500 000 anciens francs et et de milliers de militants du FLN (9). Le succès de la nouvelle organisation révolutionnaire a entraîné progressivement le ralliement des forces politiques représentées par les centralistes modérés, les partisans de l’UDMA, des Oulamas (10) et même des élus et des administratifs collaborateurs au FLN et à l’ALN. Cependant, à l’exception des centralistes qui ont rejoint les rangs du FLN sans trop tarder, toutes les autres forces politiques ont attendu jusqu’après le succès décisif remporté par la zone II du Nord constantinois durant l’attaque généralisée du 20 août 1955. La réaction répressive de l’armée et de la police coloniales - qui ont procédé à des massacres collectifs de milliers de civils algériens - provoqua une rupture presque totale et irréversible entre les autorités françaises et les couches populaires algériennes. En somme, l’ingéniosité du FLN et de l’ALN réside dans leur façon de résoudre le problème présenté par les faiblesses numériques, matérielles et financières face à l’appareil étatique ennemi - ayant une armée classique considérable, suréquipée, bien entraînée et nourrie - par l’implantation de structures révolutionnaires horizontales, capables de mobiliser et de canaliser les énergies les plus créatrices des militants et combattants de base. Pour obtenir un meilleur résultat de ces structures horizontales, capables de mobiliser et de canaliser les énergies les plus créatrices des militants et combattants de base, qui s’étendent spécialement sur l’Algérie et la France, des structures verticales, visant à promouvoir une division du travail indispensable à l’efficacité des actions multiples entreprises partout et à tous les niveaux de l’organisation et nécessitant conceptualisation, préparation, supervision, coordination et exécution, ont été mises en place.
les structures horizontales
Le comité des six, constitué par la réunion du 22 juin 1954, a divisé le pays en six zones politico-militaires avant le déclenchement de la Révolution. Ce comité n’a fait que reproduire l’organigramme de l’OS. Toute liberté d’action fut accordée au commandement de chaque zone jusqu’au congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956. La plate-forme de ce congrès a perfectionné les structures révolutionnaires de l’Algérie en guerre. Les six zones ont été transformées en six wilayas. Chaque wilaya a été subdivisée politico-militairement en trois ou quatre mintaqa (zones). Chaque zone en trois ou quatre nahiya (régions). Chaque nahiya secteur comprend plusieurs douars (districts ruraux) et chaque district est composé de plusieurs dachras ou mechtas (villages). La capitale du pays a été érigée en Zone autonome d’Alger, subdivisée en trois secteurs : le secteur I couvre le centre, le secteur II le sud, le secteur III l’ouest. Chaque secteur a été subdivisé en quartiers et chaque quartier en îlots urbains, champs d’action du groupe composé de 31 membres (à savoir quatre cellules de sept membres chacune, c’est-à-dire six militants dirigés par un chef de cellule), deux responsables dirigent chacun un demi-groupe (englobant deux cellules) et sont tous deux soumis à l’autorité d’un chef de groupe. Etant donné la présence d’environ 400 000 ouvriers émigrés en France même, la métropole des colons a été subdivisée - en fonction des axes de leur forte concentration - en six wilayas, découpées en superzones - chacune en plusieurs zones et chaque zone en un nombre variable de régions. Toutes ces subdivisions spatiales étaient coiffées au sommet par la fameuse Fédération de France du FLN, dirigée par un comité de cinq à six membres. Chacun était responsable d’une branche d’activité (organisation, propagande, trésorerie, affaires sociales, groupes de choc - ou organisation spéciale). A chaque échelon de la hiérarchie (zone, région), la direction est assumée par un comité. La Fédération de France du FLN s’étend aussi sur la Belgique, la Suisse et l’Allemagne de l’Ouest. Elle encadre les activités politiques de toutes les colonies des travailleurs et des étudiants algériens en Europe. Les réfugiés algériens en Tunisie et au Maroc, dont le nombre s’élève à environ trois à quatre cents mille personnes, seront encadrés dans deux fédérations distinctes du FLN, organisées de la même manière que celle de France. A partir des années 1957-1958, les dirigeants de la guerre de Libération ont établi des bases importantes de logistique de l’ALN dans les deux pays maghrébins voisins. Le départ des membres du comité de coordination et d’exécution (CCE), qui ont survécu à la soi-disant Bataille d’Alger du général Massu en 1957, à l’étranger, a stimulé le développement de l’appareil politico-diplomatique et militaro-administratif, sous la direction d’abord du CCE élargi et ensuite du GPRA (11). Les unités de l’ALN des frontières algéro-tunisiennes et algéro-marocaines, bloquées en dehors du pays par la construction des lignes Morice et Challe, sont réparties en deux commandements : le com-Est et le com-Ouest. Chacun est subdivisé en zones. Les deux PC ont été maintenus après la création de l’état-major général (EMG) de l’ALN de l’extérieur en 1960. Dès le début, au lieu d’accomplir sa mission d’acheminer hommes, armements et munitions aux wilayas de l’intérieur en franchissant les lignes de fortification, mission qui lui a été confiée par le CNRA (12) durant sa session extraordinaire de décembre 1959 janvier 1960, l’EMG, dirigé par le colonel Boumediène, préféra s’efforcer de se soustraire à l’autorité du GPRA en vue de préparer son ascension au pouvoir une fois l’indépendance acquise. Cela transforma rapidement les officiers et cadres de cette ALN externe en putschistes potentiels préoccupés principalement par le développement et la consolidation non seulement de leurs influences politiques au sein des structures verticales (particulièrement au sommet de la hiérarchie), mais aussi par la préparation des conditions nécessaires qui leur permettront d’occuper, le moment venu, le devant de la scène politique algérienne. Le but de l’EMG était de discréditer l’autorité du GPRA en affaiblissant politiquement ses membres influents tels que Krim, Boussouf et Bentobal. Leurs activités putschistes ont été poursuivies, au détriment de leurs activités proprement militaires. Selon les chefs des wilayas de l’intérieur, « les responsables de l’EMG, de l’ALN, de l’extérieur ont failli à leur mission d’acheminer les armes et autres moyens nécessaires à l’ALN des wilayas qui a supporté tout le poids et les coups de l’armée d’occupation, particulièrement durant les opérations Challe ! »
les structures verticales de la révolution
Le succès du FLN et de l’ALN s’explique par leur capacité politique d’ériger une contre-structure-étatique clandestine : « Réalisation dans la pratique quotidienne à tous les échelons de l’appareil révolutionnaire, du sommet à la base, non seulement la négation de l’appareil oppressif colonial mais aussi la réduction progressive de son emprise sur la population algérienne. » (13) Le CNRA était l’instance législative suprême de la Révolution algérienne. Il définissait la politique générale à suivre et contrôlait aussi son exécution par le pouvoir exécutif représenté par le GPRA. C’était le seul organisme habilité à prendre des décisions concernant l’avenir du pays et à ratifier tout accord d’Evian... Le CNRA tel que les parlement de l’Algérie en guerre. Ses débats houleux et libres ressemblait, à bien des égards, à ceux de l’Assemblée nationale française durant la IVe République. Néanmoins, pendant ses longues intersessions, il accordait au pouvoir exécutif une large latitude d’action. Le pouvoir exécutif, représenté d’abord par le comité des six, issu de la réunion des 22, ensuite par le CCE créé parle congrès de la Soummam et, finalement, par le GPRA, assume le pouvoir exécutif de l’Etat algérien jusqu’à la libération du territoire national et l’établissement des institutions définitives. Il est investi à la fois d’un pouvoir de légation active et particulièrement de la conduite de la guerre de Libération nationale, à laquelle il doit accorder la priorité absolue. En outre, le GPRA gérait les intérêts de la nation algérienne. Pour obtenir une plus grande efficacité dans la conduite de la guerre, le GPRA a créé un comité interministériel de guerre (CIG) composé de trois membres appartenant au groupe fondateur du FLN et de l’ALN : Krim, Bentobal et Boussouf. Ce comité supervise toutes les activités proprement militaires. L’EMG dépendait directement du CIG. Mais, les divergences entre les membres de ces deux organismes, provoquées par la résurgence des contradictions secondaires, ont abouti finalement au premier coup d’Etat de l’Algérie indépendante, effectué par l’EMG en alliance avec Ben Bella et Khider, respectivement vice-président et ministre du GPRA en captivité et les anciens partisans des Oulamas et de l’UDMA et de nombreux éléments opportunistes contre le gouvernement provisoire présidé par Ben Khedda, une fois l’indépendance acquise, en 1962. La course au pouvoir déclenchée par cette coalition formée par des forces politiques - comprenant même les descendants des familles collaboratrices aussi bien que des anciens militants du PCA - provoqua une crise grave au sein du FLN et de l’ALN. Elle a été rendue possible par l’ouverture de la direction politique durant le congrès de la Soummam aux dirigeants des anciens courants réformistes (UDMA, Oulamas). Cependant, ce congrès a homogénéisé les structures opérationnelles et hiérarchiques du FLN. Désormais, chaque échelon de la hiérarchie organisationnelle - wilaya, mintaqa, nahiya et kism - est commandé par un responsable politico-militaire assisté par trois ou quatre adjoints chargés respectivement des tâches, militaires, politiques - renseignements et liaisons - et logistiques... Ainsi, la responsabilité est confiée à un conseil selon le principe de collégialité du FLN, ALN de guerre. Les forces combattantes étaient composées par les moudjahidine et les moussebiline. Les moudjahidine portaient des uniformes et des armes militaires. Elles constituaient à la fois une armée de partisans par sa méthode stratégique et tactique de lutte (la guérilla) et une armée régulière par ses structures, son commandement, son uniforme, sa discipline, ses couleurs, le port ouvert des armes, ses grades et insignes correspondants. L’ALN était répartie en différentes unités : faïleq (bataillon), katika (compagnie), firqa (section) et faoudj (groupe). Les moussebiline étaient des partisans en civil, armés de fusils de chasse à cause du manque d’armement militaire. Ils étaient chargés de saboter et d’appuyer durant les attaques et les embuscades montées par l’ALN et surtout de renseigner ses unités sur les mouvements des troupes ennemies, de leur servir de guides, de messagers, de vigiles, etc. Ben M’hidi a évalué leur rôle en ces termes : « Ces hommes sans uniformes sont pour le FLN et l’ALN ce que sont les yeux, les oreilles et les membres pour un être vivant. » Les moussebiline maintenaient les liens étroits et surtout réalisaient et alimentaient l’osmose entre l’ALN et le peuple. Les populations rurales étaient organisées au niveau des douars par des assemblées populaires (ou djemaâs). Chacune était dirigé par un conseil de cinq membres (dont un président) militants du FLN. Ils étaient désignés par l’état-major du secteur. Chaque membre était chargé d’une ou plusieurs tâches spécifiques, ravitaillement, perception des cotisations, justice, recrutement, service de sécurité, logistique et renseignement. La nécessité révolutionnaire et stratégique a exigé des dirigeants de la guerre de Libération nationale de rendre la présence et l’emprise politique et organisationnelle du FLN et de l’ALN parmi toutes les classes, couches et catégories sociales de la société algérienne omniprésentes. La plate-forme de la Soummam est explicite à ce sujet : « Il s’agit d’être présent partout. Il faut savoir allier l’action clandestine et l’action légale. Il faut organiser, sous des formes multiples, souvent complexes, toutes les branches de l’activité humaine. » (13) Cet objectif poussa immédiatement le FLN à organiser les travailleurs salariés au sein de l’UGTA (14), fondée durant son congrès constitutif, tenu à Alger du 24 au 26 février 1956. Elle succède à la commission ouvrière établie en 1951 à l’intérieur du PPA-MTLD. Dès le début, l’UGTA se considéra comme une confédération dirigée par une commission exécutive de 21 membres élus en congrès. Cette commission élit à son tour un bureau exécutif de 12 membres et un secrétariat de 5 membres. En l’espace d’une année, l’UGTA a contrecarré l’influence de ses deux rivales, l’UGSA (15) et l’USTA (16). Elle incorpora la majorité écrasante des travailleurs algériens. Après trois grèves organisées le 5 juillet, le 15 août et le 1er novembre 1956, l’UGTA annonça publiquement, à la veille de la grève des 8 jours - du 28 janvier au 4 février 1957 -, que son but essentiel visait à « plébisciter le FLN, unique porte-parole de l’ALN et guide aimé, éprouvé et lucide de la Révolution algérienne bientôt, triomphante ».(17). Cette grève politique insurrectionnelle éprouva durement ses rangs et accula ses cadres et adhérents à la clandestinité et ses dirigeants principaux à l’exil. Son secrétaire général. Aïssat Idir, qui fut l’un de ses fondateurs et membre du CCE, a été torturé à mort. En dépit de ce revers, l’UGTA joua un rôle déterminant sur le plan interne, et surtout externe, en sensibilisant et mobilisant l’opinion publique internationale, à travers les syndicats ouvriers, contre la guerre menée par la France en Algérie. Afin de mobiliser les marchands et commerçants nationaux, le FLN créa en septembre 1956 l’UGCA. (18) Son objectif essentiel était à la fois politique - obtenir l’adhésion de cette couche sociale - et financier - inciter ces catégories sociales à payer des cotisations en vue de financer l’effort de guerre de Libération. A l’instar de l’UGTA (19), l’UGCA y organisa aussi l’AGCA (20) sous l’égide de la Fédération de France du FLN. Elles fournirent de précieuses contributions au trésor de guerre du FLN. Dès le déclenchement de la Révolution, les anciens membres de la section universitaire des étudiants affiliés au MTLD réussirent, avec l’appui du FLN, à fonder l’UGEMA à l’issue du congrès constitutif tenu à Paris du 8 au 14 juillet 1955. A la base, les sections locales de l’UGEMA étaient organisées autour des centres universitaires de leurs membres, en tenant compte de leurs implantations territoriales non seulement en Algérie mais à travers le monde. Sa direction nationale était constituée par un comité directeur de 17 à 21 membres élus par le congrès annuel. Ce comité lui-même choisit en son sein un comité exécutif formé de cinq à neuf membres. Le but essentiel de l’UGEMA était de fournir un soutien direct au FLN et à l’ALN en recrutant parmi les étudiants des militants du FLN et des combattants de l’ALN, et un appui politique en mobilisant les mouvements et associations estudiantines à travers le monde. L’UGEMA a contribué d’une façon décisive à la libération du pays. Elle a fourni à l’ALN des officiers valeureux tels que Allaoua Benbatouche, tombé au champ d’honneur, d’innombrables commissaires politiques, militants, diplomates, habiles du GPRA... Des centaines d’étudiants ont connu la torture et les géôles coloniales. Partant du principe d’organiser tout le monde et partout, le FLN-ALN a mis en place des structures adaptées aux camps de regroupement, d’internement et aux prisons afin d’encadrer les populations regroupées, les militants et combattants internés et emprisonnés. Ainsi, même cet univers concentrationnaire, établi par l’Etat colonial pour empêcher les patriotes de faire leur devoir, a été organisé afin de permettre à tous ces prisonniers de continuer la résistance sous d’autres formes : grèves de la faim pour les droits des prisonniers politiques, protestations et dénonciations des conditions inhumaines, etc. Un ancien prisonnier a écrit : « Du tréfonds où nous en sommes, la voix paraît sans écho ; mais nous hurlons comme des tigres encagés protestant leur captivité immonde. »
Notes (1)- M. Harbi. - Le FLN : mirage et réalité. Les Editions J. A., Paris (2e édition), 1985, p. 124. (2)- Lakhdar Bentobal ; Conférence aux cadres du FLN de Tunis, 5 février 1960. (3)- M. Boudiaf ; La Préparation du 1er Novembre, in El Jarida, Organe du PRS, n°15, novembre - décembre 1974. (5)- Harbi : le FLN. - Op. cit., p. 127 (6)- Cités par Harbi, in 1954 : La guerre commence en Algérie ; Editions Complexes, Bruxelles, 1984, pp., 17, 26-27 (7)- Le nom du général Maurice Challe, chef d’état-major de l’armée française. (8)- Selon A. Horne, l’armée française a dépensé de 1954 à 1962 en Algérie un montant total estimé entre 50 et 55 milliards de nouveaux francs (A Savage War of Peace : Algeria 1954-1962, MacMillan, Londres, 1977, p. 539) (9)- La zone de Souk Ahras était aussi absente du congrès. (10)- Au lendemain du 1er Novembre 1954, le journal de l’AOA, El Baçaïr, exprima des réserves vis-à-vis des opérations menées par le FLN et l’ALN. Puis, les 17 et 18 janvier 1955, le congrès des Oulamas réuni à Tlemcen demanda à Tewfik El Madani : « Dites-nous si les méfaits de la France ne sont pas préférables à la bestialité de la lutte. Nous préférons, quant à nous, aux meurtres l’avenir et l’éducation de nos enfants » : El Baçaïr, n°298-1954 - cité par A. Nadir, le Réformisme algérien : son rôle dans la formation de l’idéologie nationale - Doctorat de 3e cycle, Paris Sorbonne, 1968). (11)- Gouvernement provisoire de la République algérienne, créé par le CCE le 9 septembre 1958. (12)- Le Conseil national de la Révolution algérienne, créé lors du Congrès de Soummam le 20 août 1956. (13)- (13’) Voir S. Chikh ; L’Algérie en arme (sur tout le chapitre II), Economic, Paris 1981, p. 242. (14)- Union générale des travailleurs algériens (15)- Union générale des syndicats algériens (16)- Union syndicale des travailleurs algériens (17) L’Ouvrier algérien du 26 janvier 1957 (18)- Union générale des commerçants algériens (19)- Amicale générale des travailleurs algériens (20)- Amicale générale des commerçants algériens
tension au début de la guerre au sein du pouvoir français
Pierre Mendès France, président du Conseil, Assemblée nationale, 12 novembre 1954 : « L’Algérie, ce n’est pas la Tunisie »
« Vous pouvez être certains, en tout cas, qu’il n’y aura, de la part du gouvernement, ni hésitation, ni atermoiements, ni demi-mesures ; il n’y aura aucun ménagement contre la sédition, aucun compromis avec elle ; chacun, ici et là-bas, doit le savoir. Cela doit être clair une fois pour toutes et pour toujours, aussi bien en Algérie et dans la métropole qu’à l’étranger. Jamais la France, aucun gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu’en soient d’ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce point fondamental. Mesdames, Messieurs, plusieurs députés ont fait des rapprochements entre la politique française en Algérie et en Tunisie. J’affirme qu’aucun rapport n’est plus erroné, qu’aucune comparaison n’est plus fausse ni plus dangereuse. Ici, c’est la France ; là, c’est un pays étranger étroitement associé au nôtre... »
François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, Assemblée nationale, 12 novembre 1954 : « L’Algérie, c’est la France »
« L’Algérie, c’est la France, parce qu’il se trouve que les départements de l’Algérie sont des départements de la République française. Des Flandres jusqu’au Congo, s’il y a quelques différences dans l’application de nos lois, partout la loi s’impose, et cette loi est la loi française, c’est elle que vous votez parce qu’il n’y a qu’un seul Parlement et qu’une seule nation dans les territoires d’outre-mer comme dans les départements d’Algérie, comme dans la métropole. Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l’impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés... Tous ceux qui essaieront, d’une manière ou d’une autre, de créer le désordre et qui tendront à la sécession seront frappés par tous les moyens mis à notre disposition par la loi. Nous frapperons également tous ceux qui contribueront, même indirectement... L’Algérie, c’est la France.
Par Mahfoud Bennoune el watan
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Posté le 14.08.2008 par kabylieazouzanet
Dieu, qu’il est affligeant de savoir que 30 de nos honorables enseignants crèvent de faim dans les locaux du Snapap, pendant que notre éternel ministre de l’Education fait bronzette à Club des pins où sur une île paradisiaque de la Méditerranée.
Affligeant oui, de savoir que les oreilles de Benbouzid n’ont pas pu capter les cris de détresse humaine lancés par ces laissés-pour-compte alors que Fred Van Leeuwen de l’internationale de l’éducation (IE) a écourté ses vacances le temps d’envoyer un message de soutien aux grévistes de la faim depuis Bruxelles ! Faudrait-il qu’il y ait mort d’homme pour que le ministre de l’Education daigne consacrer un peu de son précieux temps à ces malheureux enseignants qui ont eu la malchance de servir son secteur du temps des vaches maigres ? Est-ce une façon de traiter ces messieurs et ces dames à qui la République a confié l’éducation de milliers d’enfants des années durant ? C’est assurément une drôle de façon de remercier ces contractuels pour services rendus. Quel sentiment éprouveraient donc ces millions d’élèves en regardant le sort réservé à leurs maîtres ? On s’en doute, « El wazir » ne se pose pas ce genre de questions pas plus que ses enfants qui ont dû fréquenter une autre école où l’enseignant est élevé en haut de la hiérarchie des valeurs citoyennes. La place de l’éducateur est sans doute ailleurs que dans un petit local vide, affalé à même le sol et où il reçoit quelques bâtons de sucre de survie… C’est la triste quotidienneté de nos contractuels qui observent une grève de la faim, à huis clos et depuis un mois, sans que la générosité de la République se manifeste. Pas même la solidarité nationale de Ould Abbès si prompt à agir quand il s’agit de la monnayer politiquement. Il est vrai que, par leur action, nos enseignants incommodent la tranquillité de nos gouvernants. Benbouzid refuse obstinément de les écouter au risque de se laisser convaincre… lui l’enseignant.
Relents d’arrogance
C’est lui en effet qui leur a fait signer des contrats renouvelés depuis une dizaine d’années pour certains et c’est lui maintenant qui décide de rompre unilatéralement ce contrat de confiance. Mais comment, grand Dieu, a-t-il pu se convaincre de jeter en pâture un bataillon de 40 000 contractuels en les obligeant à subir un concours de recrutement – aléatoire – alors qu’ils ont acquis un savoir-faire dans ses classes ? Hypothèse d’école : si après les épreuves, 30 000 contractuels sont recalés, va-t-il les envoyer au chômage après avoir usé et abusé de leur savoir quand il avait besoin d’eux ? Il est à se demander également à quoi auront servi tous les stages de recyclage financés par l’Union européenne pour la mise à niveau de ces enseignants issus de l’ancien système de recrutement ? Le bon sens aurait voulu qu’il invite les concernés pour tenter de trouver une solution qui satisfasse et l’Etat et cette corporation. Or, cette sourde oreille dégage des relents d’arrogance qui ne seyent guère à la stature d’un responsable. La première qualité d’un ministre de l’Education est celle d’écouter pour mieux comprendre. Mais Benbouzid ne veut manifestement rien voir ni entendre. Il ne reste aux grévistes de la faim qu’à espérer que le président de la République tance son ministre en direct à la télévision pour qu’il remplisse illico son contrat moral avec les enseignants. Eh oui, s’il a été capable de réformer le « saint » baccalauréat, de rectifier les erreurs monumentales dans les manuels scolaires, de « corriger » l’hymne national et de revoir le cœfficient de certaines matières, par un simple claquement de doigts du président, alors oui, Benbouzid peut aisément mettre fin au drame humain de ces contractuels. Sinon, ils pourront toujours mourir en silence…
Posté le 09.08.2008 par kabylieazouzanet
http://luccas.eu.org/article7743.html#sp7743
Posté le 09.08.2008 par kabylieazouzanet
Pétition pour faire libérer Salah Hamouri, jeune Français palestinien détenu depuis 2005 par les autorités israéliennes sans la moindre preuve et sans jugement [voir ci-dessous : un tribunal militaire israélien a condamné Salah à 7 ans de prison le 29 mars 2008. Et début mai il vient d’être séparé de ses campagnons et transféré dans une autre prison israélienne.
NFORMATION : Le 17 avril le tribunal militaire israélien a condamné Salah à 7 ans de prison. Nous demandons aux autorités françaises, qui ne se sont pas mobilisées avant le procès, d’assurer leurs obligations envers notre jeune compatriote et d’intervenir immédiatement afin de le faire sortir de la prison israélienne où il a déjà passé trois ans.
C’est, à compter de ce 22 avril, ce que les signataires demandent au président de la République française.
Monsieur le Président de la République,
citoyen-ne français-e, attaché-e au droit, indigné-e par le sort injuste fait à notre concitoyen Salah Hamouri, détenu en Israël depuis 2005, sans jugement [voir ci-dessus] et avec un dossier d’accusation vide, je vous demande de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour faire libérer ce jeune Français dont la famille vit à Jérusalem.
Vous vous êtes engagé à apporter votre concours à la libération de tous les Français soumis à d’injustes détentions dans le monde, à "les chercher où qu’ils se trouvent".
Merci de tenir votre parole et d’agir au plus vite pour obtenir la libération de Salah Hamouri.
Avec mes remerciements citoyens anticipés
Posté le 25.06.2008 par kabylieazouzanet
Le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a procédé lundi à un remaniement ministériel et nommé M. Ahmed Ouyahia en qualité de chef du gouvernement, en remplacement de M. Abdelaziz Belkhadem, nommé ministre d’Etat, représentant personnel du chef de l’Etat, indique un communiqué de la présidence de la République.
"Dans le cadre du remaniement ministériel, M. Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, a pris un décret- présidentiel portant nomination de Madame et Méssieurs :
Amar Tou, ministre des Transports en remplacement de Mohamed Maghlaoui, appelé à d’autres fonctions.
Said Barkat, ministre de la Santé, de la population et de la Réforme Hospitalière en remplacement de Amar Tou.
Djamel Ould Abbes ministre de la Solidarité Nationale, de la Famille et de la Communauté Nationale à l’étranger.
Rachid Benaissa, ministre de l’agriculture et du développement rural en remplacement de Said Barkat.
Hamid Bessallah, ministre de la poste et des technologies de l’information et de la communication, en remplacement de Boudjemaa Haichour, appelé à d’autres fonctions.
Nouara Saadia Djaafar, ministre déléguée auprès du ministre de la Solidarité Nationale, de la Famille et de la Communauté Nationale à l’étranger, chargée de la Famille et de la condition féminine.
Melle Fatiha Mentouri, ministre déléguée auprès du ministre des finances chargée de la Réforme Financière, est appelée à d’autres fonctions.
Posté le 21.06.2008 par kabylieazouzanet
Rarement, sans doute, le "système" algérien n'aura paru aussi opaque. Rarement l'avenir n'aura semblé à la population aussi incertain. "Ceux qui vous disent qu'"ils savent" pratiquent la désinformation. Personne ne sait, en réalité, ce qui se passe au sommet de l'Etat, ni ce qui nous attend", souligne l'avocat Ali Yahia Abdenour, ancien président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme.
Seule certitude des Algériens, les caisses de l'Etat sont pleines : 110 milliards de dollars de réserves de change, fin 2007, grâce aux hydrocarbures. Une telle manne est une chance et un piège, car elle n'incite guère à sortir de l'économie rentière.
Quinze ans après le début de la "décennie de sang", qui allait voir s'affronter les islamistes armés aux forces de sécurité et faire des dizaines de milliers de morts, l'Algérie semble être toujours menacée par le vide. Certes, le pays a changé. On construit partout : autoroutes, immeubles, ponts, barrages... Mais cette politique des grands travaux ne crée pas assez d'emplois. Et une minorité de nouveaux riches côtoie une masse grandissante de pauvres.
Des émeutes éclatent à intervalles de plus en plus rapprochés, du nord au sud et d'est en ouest. Oran, fin mai, a connu deux jours de violences inouïes. Bériane, à 900 km au sud d'Alger, a été secouée, en mars, par des affrontements sanglants entre Arabes et Mozabites. Sont-elles le signe avant-coureur d'une vague déferlante de mécontentements ?
En tous les cas, le langage de l'émeute se propage. Des signes de violences sont évidents. Sur la route, où les automobilistes adoptent des comportements quasi meurtriers ; sur les trottoirs, où des bandes d'adolescents pratiquent le vol à l'arraché ; au sein des familles, enfin, où l'on sait de moins en moins discuter sans s'affronter.
Paradoxalement, ce ne sont pas les kamikazes, ni les voitures piégées, ni les attentats à la bombe qui préoccupent le plus la population. Les gens ont appris à "vivre avec". La région d'Alger a été frappée par une vague d'attentats début juin mais la situation sécuritaire n'a toutefois rien à voir avec les grands pics de violence des années 1990. Ce qui mine la plupart des Algériens, c'est l'absence de perspectives.
"Le peuple se sent abandonné par le pouvoir. Il n'y a aucune communication entre l'un et l'autre. Dans les années 1990, nous souffrions du terrorisme et le pétrole n'était qu'à 9 dollars le baril, rappelle Ali Djerri, journaliste et ancien directeur du quotidien arabophone El-Khabar. Aujourd'hui, le baril flambe et la sécurité est en principe revenue, mais le désespoir est partout. Les gens n'ont qu'une idée : quitter le pays."
Le phénomène des "harragas" - ces jeunes clandestins qui tentent de traverser la Méditerranée à bord d'embarcations de fortune - prend d'ailleurs de l'ampleur. Pas une semaine ne passe sans qu'on apprenne que dix ou quinze personnes ont été interceptées en mer en essayant de gagner les rives de l'Europe.
Pourtant, imperturbable, la chaîne de télévision nationale, baptisée ironiquement "l'Unique", chante chaque soir les louanges du président Abdelaziz Bouteflika. "L'Unique" assure que tout va bien.
"Le plus inquiétant, c'est l'absence de solution de rechange. Si demain, les émeutes se généralisent, personne ne sera capable de contrôler la situation : ni le DRS (la sécurité militaire), car ce n'est pas son rôle, ni la police, car elle pactiserait avec la population !", s'inquiète Chafik Mesbah, un ancien officier devenu analyste politique.
"Nos dirigeants conduisent le pays comme ils conduiraient une brouette !", s'exaspère de son côté l'ancien chef de gouvernement Sid Ahmed Ghozali, secrétaire général du Front démocratique (non agréé). Pour lui, "on occupe la galerie avec de fausses querelles", et le problème n'est pas M. Bouteflika, mais le "système" qui tient l'Algérie. Un système autiste, à bout de souffle, qui risque de conduire le pays à l'explosion. "Nous n'avons pas tiré les leçons du terrorisme des années 1990. On oublie ce que nous avait dit le général Lamari (ancien chef d'état-major des armées) : "Nous avons vaincu le terrorisme militairement. Reste à vaincre l'intégrisme, ce qui est du ressort du politique"", rappelle M. Ghozali.
Mais la vie politique reste atone et la sécurité militaire toujours aussi puissante. Si le terrorisme a très nettement diminué d'intensité, rien n'assure qu'il ne connaîtra pas de regain, les racines du mal étant toujours présentes. Quant au président Bouteflika, il fait assaut de religiosité. Compte-t-il s'appuyer sur les islamistes ? Tente-t-il plutôt de leur ravir la vedette ? Les avis sont partagés. Et envisage-t-il sérieusement de briguer un troisième mandat en avril 2009 malgré une santé précaire ?
"Le régime fonctionne en circuit fermé, sans débat contradictoire, donc sans limite à ses erreurs. Le peuple voit en lui un ennemi. La seule solution, ce serait une bonne gouvernance, un enseignement de qualité, une justice digne de ce nom, soupire Sid Ahmed Ghozali. Croyez-moi, si je suis venu à l'option démocratique, ce n'est pas pour des raisons morales, mais par nécessité ! Il n'y a pas d'autre solution..."
Florence Beaugé
Posté le 21.06.2008 par kabylieazouzanet
L’Observatoire de la FIDH a été informé par le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) des nouveaux actes de harcèlement et du refoulement de Mme Sihem Bensedrine, porte-parole du CNLT et secrétaire générale de l’Observatoire pour la liberté de presse, de création et de création (OLPEC), ainsi que de M. Omar Mestiri, directeur de la rédaction du journal Kalima.
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante en Tunisie.
Description des faits :
Selon les informations reçues, le 18 juin 2008, Mme Sihem Bensedrine et M. Omar Mestiri, son mari, ont été refoulés par la police des frontières algérienne alors qu’ils franchissaient le poste frontalier de Oum Tboul à proximité de Tabarka (nord-ouest de la Tunisie), pour une visite privée en Algérie.
Mme Bensedrine et M. Mestiri ont été retenus durant plus de deux heures et demi et se sont finalement vus notifier cette mesure de refoulement, sans qu’aucune explication sur la raison qui a motivé ce refoulement ne leur ait été fournie.
Sur leur route vers l’Algérie, Mme Bensedrine et M. Mestiri ont constaté une surveillance policière ainsi qu’une présence de la police politique tunisienne inaccoutumée au poste frontière côté tunisien. Cette surveillance s’est également poursuivie sur le chemin du retour. Ils ont également noté des échanges téléphoniques entre les deux polices alors qu’ils attendaient au poste frontière.
L’Observatoire exprime sa plus vive préoccupation eu égard à ces actes de harcèlement à l’encontre de Mme Sihem Bensedrine et de M. Omar Mestiri, et considère qu’ils visent uniquement à sanctionner leurs activités en faveur des droits de l’Homme.
L’Observatoire déplore plus généralement la violence croissante avec laquelle les autorités tunisiennes répriment toute personne qui promeut et défend les droits de l’Homme, et rappelle que conformément à l’article 1 de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international”.
Actions demandées :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités tunisiennes en leur demandant de :
I. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de Mme Sihem Bensedrine et de M. Omar Mestiri ;
II. Veiller à ce qu’un terme soit mis à toute forme de menaces et de harcèlement à l’encontre de Mme Sihem Bensedrine et de M. Omar Mestiri et de tous les défenseurs des droits de l’Homme tunisiens ;
III. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 susmentionné, son article 6(b), selon lequel “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, conformément aux instruments internationaux relatifs aux droits de l’Homme et autres instruments internationaux applicables, de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l’Homme et toutes les libertés fondamentales”, et son article 12.2 qui dispose que “l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;
IV. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la Tunisie.
Adresses :
M. Zine el-Abidine Ben Ali, Président de la République, Palais de Carthage, 2016 Carthage, Tunisie, Fax : +216 71 744 721 ou +216 71 731 009
M. Mohamed Ghannouchi, Premier Ministre, Secrétariat Général du Gouvernement, Rue de la Kasbah, 1008 Tunis, Tunisie, Fax : +216 71 562 378
M. Rafik Belhaj Kacem, Ministère de l’Intérieur et du Développement local, Avenue Habib Bourguiba, 1001 Tunis, Tunisie, Fax : ++ 216 71 340 888 ; Email : mint@ministeres.tn
M. Kamel Morjane, Ministère de la Défense Nationale, Avenue Bab Mnara, La Kasbah, 1008 Tunis, Tunisie, Fax : +216 71 561 804
M. Bechir Tekkari, Ministère de la Justice et des Droits de l’homme, 57, Boulevard Bab Benat, 1006 Tunis, Tunisie, Fax : +216 71 568 106 ; Email : mju@ministeres.tn
Ambassadeur, S.E M. Samir Labidi, Mission permanente de la Tunisie auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, 58 Rue Moillebeau, Case postale 272, 1211 Genève 19, Suisse, Fax : +41 22 734 06 63 ; Email : mission.tunisia@ties.itu.int
Ambassade de la Tunisie à Bruxelles, 278 avenue de Tervueren, 1150 Woluwe-Saint-Pierre, Belgique, Fax : + 32 2 771 94 33 ; Email : amb.detenusie@brutele.be
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques de Tunisie dans vos pays respectifs.
***
Genève - Paris, le 20 juin 2008
Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.
L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.
L’Observatoire a été lauréat 1998 du prix des Droits de l’Homme de la République Française.
Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
E-mail : Appeals@fidh-omct.org
Tel et fax FIDH : 33 1 43 55 20 11 / 33 1 43 55 18 80
Tel et fax OMCT : + 41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29
Posté le 21.06.2008 par kabylieazouzanet
Par Moncef Marzouki
Alors que de nombreux touristes français et des milliers de Franco-Tunisiens s’apprêtent à traverser la Méditerranée pour aller bronzer tranquillement sur les plages de la "douce Tunisie", manger le "bon couscous" à l’harissa, boire du thé à la menthe à "Sidi Bou" et respirer l’odeur du jasmin, le Général Ben Ali vient de réprimer dans le sang les "révoltes populaires" de Redeyef dans le Sud du pays et tout ça dans une quasi-indifférence de la communauté internationale. Une indignation sélective qui choquera sans doute certains d’entre nous.
Mais, il est vrai que la Tunisie n’est ni le Tibet, ni le Darfour. En somme, Ben Ali fait figure de "dictateur recommandable" et les quelques balles perdues dans les corps meurtris des jeunes tunisiens ne sont qu’un "détail"au regard de la contribution de la dictature tunisienne au nouvel ordre mondial.
Le gouvernement tunisien vient de donner sa version des faits survenus le 6 juin à Redeyef, ville du bassin minier du sud tunisien en ébullition depuis des mois. La voici : « Des actes de violence ont été commis par certains individus dans la région de Redeyef (gouvernorat de Gafsa). … Des informations sont parvenues, vendredi, aux autorités que des éléments étaient en train de fabriquer des cocktails Molotov en vue de les utiliser dans des actes de vandalisme, ce qui a imposé l’intervention des Forces de sécurité qui ont essuyé des jets de ces engins incendiaires. …Malgré les mises en garde lancées, conformément à la loi, par les Forces de l’ordre, les éléments perturbateurs n’ont pas obtempéré, obligeant les forces de sécurité à intervenir. …Ces événements ont entraîné la mort d’un élément perturbateur. Cinq autres ont été blessés ainsi que trois agents de l’ordre » (extrait du communiqué officiel).
Ce qui frappe d’abord dans ce communiqué officiel, c’est le gros mensonge sur le déroulement des évènements.
Celui qui a été abattu par des policiers, ayant reçu l’ordre de tirer sur la foule à balles réelles, est mort en effet avec une balle dans le dos.
Mais le plus scandaleux, c’est que le mort (plutôt l’assassiné) n’est pas considéré comme un être humain, un compatriote, un jeune homme de 18 ans qui comme nous tous a une identité. Non, ce n’est qu’un "élément perturbateur" (Moushagheb en arabe), qualificatif sensé le réduire à ses justes proportions, lui et les autre éléments non moins perturbateurs, blessés et portant les noms omis de Ismail Rahali, Bouali Khalfi, Helmi Amaidi, et Khaled Rahali.
La moindre décence aurait exigé que le communiqué du régime respecte le mort en citant son nom, et en montrant le minimum de compassion humaine, par exemple en exprimant ne fût ce que le soupçon de regret devant, allez disons, un regrettable accident.
Haro donc sur l’anonyme perturbateur qui a attaqué les forces de l’ordre ! Néanmoins, nul doute que les autorités tunisiennes confieront à une commission bidon (à l’instar de celles sur la torture, ou les prisons dans les années 1990.) la tâche de confirmer son statut et sa responsabilité.
L’indignation maîtrisée et en réfléchissant à ce terme d’élément perturbateur, j’ai été frappé par le fait que nous sommes peut être face à une sorte de transfert.
En effet, à y regarder de près ne pouvons nous pas affirmer qu’en Tunisie, et ce depuis vingt ans, le plus grand élément perturbateur est un homme qui s’appelle le Général des services secrets Zine El Abidine Ben Ali ?
Voici mes arguments pour renvoyer ce terme à ses utilisateurs un peu trop imprudents.
Les astronomes et les météorologues utilisent le concept de fenêtre de lancement pour décrire et délimiter une période du temps où des actions déterminés sont possibles. Quand cette fenêtre se ferme, il devient inutile ou impossible, pour des raisons dus à la mécanique céleste ou aux caprices du temps, de lancer la fusée ou une action de sauvetage.
De la même façon, il existe aussi en politique des fenêtres, pour lancer une révolution ou des réformes. Avant, c’est trop tôt, après, c’est trop tard.
Pour la Tunisie la fenêtre de lancement des réformes qui auraient pu en faire le premier Etat démocratique arabe, s’est ouverte à la fin des années 1970.
De facto plutôt que de jurer, les choses ont commencé à bouger dans le bon sens.
Le pays se dotait de vrais partis politiques indépendants, de la première Ligue des droits de l’Homme du monde arabe, d’un embryon de presse libre, sans parler du renforcement de son traditionnel mouvement syndical libre. La société en ébullition piaffait d’impatience devant les tergiversations de Bourguiba, récalcitrant mais non hostile à la démocratisation exigée de tous.
C’est sur cette volonté générale de voir s’accélérer ces prémisses de réformes, que se fit la large acceptation du coup d’Etat médical, le 7 novembre 1987, promettant d’aller plus vite et plus loin dans le réformisme amorcé.
En fait le coup d’Etat n’allait pas accélérer le processus, mais fermer pour deux décennies la fenêtre de lancement.
A dater de ce jour fatidique de novembre 1987, le sens de l’Histoire allait s’inverser sous le prétexte fallacieux de la lute contre l’islamisme. Au lieu du processus démocratique promis, allait se mettre en place inexorablement un processus lent et insidieux de mise en place d’une dictature maffioso –policière de la pire espèce.
A l’époque aucun acteur politique ne le savait, et tous tant que nous sommes étaient loin de deviner ce que cet homme maléfique nous préparait ainsi qu’au pays. Mais aujourd’hui, on sait et on peut reconstituer l’ensemble de la trajectoire.
Faisons le à partir de la grille de lecture que le communiqué nous a suggéré.
On peut dire que le général des services de renseignement Ben Ali a induit dans le pays en évolution, trois types de perturbations.
La première a touché les mots , les idées et les valeurs .A force de double langage , de promesses, de subterfuges, d’escroqueries en tout genre , Ben Ali a su entretenir dans le pays et à l’étranger une confusion permanente sur la vraie nature du système. Il a pu aussi perturbé l’opposition en la divisant, la manipulant, et la stérilisant par le miroitement d’un changement digne de l’ère qui en porte le nom. Vingt ans après, alors que tout le jeu est épuisé et le roi complètement nu, des gens bêtes ou faisant semblant de l’être, continuent à quémander, à supputer dans le marc du café des réformes imminentes, à atteindre le prochain remaniement et le prochain 7 novembre ou faire de l’opposition dans le mouchoir de poche autorisé et selon les règles que le dictateur change en permanence à son avantage.
La seconde perturbation a frappé de plein fouet les rouages de l’Etat conquis de l’intérieur. Certes l’Etat de Bourguiba était autoritaire mais il était aussi honnête, patriotique et dévolu au service public. A partir de 1987 (prise de pouvoir de Ben Ali), et de façon planifiée, le fonctionnement normal des partis, de la presse , de la culture , de l’information , de la vie associative , voire de la police et de la justice , et des douanes a été soit bloqué, soit perverti pour servir le pouvoir personnel et les intérêts catégoriels.
La troisième perturbation a porté sur l’économie. Jamais canular n’a été mieux vendu que celui du "miracle économique tunisien" sous la dictature. Un taux de croissance de 7 % depuis les années 1960, un peuple industrieux, une économie diversifiée, tel était l’héritage de Bourguiba. On feint d’oublier que si les années 1990 ont été des années "fastes",ce n’est pas à cause du dictateur mais le résultat de vingt années d’éducation nationale première priorité budgétaire et de planning familial . A l’arrivée, un peuple éduqué et une constante baisse de pression sur le marché du logement et du travail. C’est cette belle mécanique que le général Ben Ali a perturbé en introduisant le loup de la corruption dans la bergerie du travail et de l’épargne.
Ce fléau associé dans l’esprit du peuple à cet homme et à sa famille, n’a pas simplement affaibli le système bancaire, ruiné d’honnêtes commerçants, bradé pour une bouchée de pain les entreprises nationales. Il a surtout perturbé l’image du travail en tant que valeur et gangrené deux systèmes qui faisaient la fierté des Tunisiens : le système de santé et surtout le système éducatif.
Aujourd’hui, les émeutes de la faim du Sud, l’effondrement de la classe moyenne, l’arrogante richesse des parvenus, la désespérance d’une jeunesse qui ne rêve que de partir, même sur le bateau de la mort, ont définitivement enterré ce mythe savamment entretenu.
Tout cela est maintenant parfaitement admis sauf par ceux qui ont intérêt à faire les sourds et les aveugles. Ce qui reste nimbé de mystère, c’est la quantité de souffrance que cette dictature a infligé au pays. Qui peut quantifier la douleur des parents de "l’élément perturbateur", de tous les torturés, les exilés, les condamnés à vivre dans la peur et le désespoir.
Oui, Monsieur Sarkozy, les perturbations profondes induites par cet homme, à qui vous avez apporté récemment un soutien total et que vous voyez pièce maîtresse dans votre beau projet d’Union méditerranéenne, sont catastrophiques pour notre peuple et hélas irrémédiables pour un certain Hafnaoui Ben Ridha Bel Hafnaoui, mort au seuil de ses vingt ans. Lui, mort sous les balles de Ben Ali, n’aura pas la "chance" de connaître l’Union méditerranéenne, dont vous êtes pourtant le promoteur.
De toutes les façons, que personne ne se fasse d’illusions sur le devenir de cet homme et de son système.
Les peuples, sont des organismes vivants. Ils peuvent souffrir longtemps d’une infection, mais quand celles-ci ne les tuent pas, c’est le virus qui a perturbé leur santé qui finit tôt au tard par être circonscrit.
Le processus de guérison de la Tunisie est en cours et rien ne l’arrêtera.
Source URL : http://www.groupelavenir.net/spip.php?article18730
Moncef Marzouki est médecin, écrivain et homme politique tunisien. Il contribue par ses nombreux écrits à construire un discours d’intégration de la démocratie et des droits de l’homme dans la culture arabe.
Posté le 19.06.2008 par kabylieazouzanet
Monsieur El-Hachemi Djaâboub, ministre du Commerce, est attendu devant la justice pour répondre des accusations de détournements de fonds publics dans l’affaire de l’Agence de promotion du commerce extérieur, annonce le quotidien arabophone Djazaïr News.
Les services de la gendarmerie nationale qui ont diligenté l’enquête, ont transmis le dossier de M. Djaâboub au parquet d’Alger, ajoute le journal.
Le scandale de l’Agence de promotion du commerce extérieur porte sur des transferts de fonds douteux depuis quatre ans.
Posté le 19.06.2008 par kabylieazouzanet
Au cours d’une conférence-débat organisée, hier, à la Maison de la culture de Tizi Ouzou, dans le cadre d’un colloque initié par le mouvement citoyen sur “La justice et l’impunité en Algérie”, le professeur Mohand Issad, spécialiste en droit international, aura réussi une remarquable plaidoirie pour l’indépendance de la justice en Algérie et la défense des libertés démocratiques.
“Pour moi, le fait d’exiger un État de droit en Algérie est un non-sens, car un État est censé garantir le droit dans tous les domaines, que ce soit la justice, l’école, le culte, la santé, le travail et toutes les libertés démocratiques”, devait marteler le professeur Issad devant une assistance nombreuse où l’on notait la présence des délégués du mouvement citoyen, de Abdelhak Bererhi, ex-ministre et représentant du CCDR (Comité des citoyens pour la défense de la République), le moudjahid Si l’Hafidh, ex-officier de l’ALN, et Saïd Doumane, l’un des pionniers du Printemps berbère du 20 avril 1980. “Dans un pays, il ne faut pas qu’il y ait d’amalgame. Ou il y a un État ou rien.
En Algérie, dit-il, la Constitution garantit toutes les libertés mais malheureusement, la réalité est tout autre car la séparation des pouvoirs n’est pas pour demain”, dira Mohand Issad qui estime que la justice n’est guère indépendante. “Lorsqu’on condamne une jeune Algérienne à Tiaret, à qui l’on reproche de pratiquer une religion autre que l’islam, j’estime que la Constitution est bafouée et que la République est réellement fragile dans notre pays. Depuis la nuit des temps, l’islam n’a jamais été inquiété par les autres communautés religieuses en Algérie, même du temps où il y avait des Pères blancs, des Sœurs blanches et des missions protestantes ; ce n’est pas aujourd’hui que ces communautés minoritaires pourraient menacer l’islam. L’Algérie a pourtant ratifié toutes les conventions internationales relatives aux libertés démocratiques, mais la réalité est tout autre et le procès de Habiba de Tiaret est une grave atteinte à la liberté de culte en Algérie. Toutes les télévisions du monde ont malheureusement désigné du doigt notre pays, l’Algérie”, dira encore le Pr Issad qui regrettera, au passage, toute cette campagne orchestrée durant ces deux derniers mois contre une prétendue avancée de l’évangélisation en Algérie, et plus particulièrement en Kabylie. “Les véritables problèmes actuels de l’Algérie résident surtout dans la lutte contre l’intolérance, la réhabilitation de l’école, l’indépendance de la justice, le droit au travail et au logement, mais aussi le respect des cultes comme le stipule notre Constitution. Contrairement à ce que certains pensent, la laïcité consiste à respecter toutes les religions et non les interdire ou leur faire la guerre. On veut faire la guerre à une toute petite communauté chrétienne et j’imagine alors l’ampleur d’un conflit de religions s’il y avait chez nous beaucoup plus de communautés religieuses comme dans certains pays”, dira encore le Pr Issad qui regrettera aussi la genèse des évènements de Berriane, qui renvoient, dit-il, à une époque qu’on croyait révolue et qui estime enfin qu’“un pouvoir compétent, honnête et intègre doit réhabiliter la justice et rétablir la confiance des justiciables”.
Dans les pays civilisés, dit-il, les citoyens font rarement appel dans les affaires de justice car ils ont réellement confiance en leur justice, ce qui n’est malheureusement pas encore le cas chez nous en Algérie, conclut le Pr Issad au colloque sur “La justice et l’impunité” qui a prévu d’autres conférences-débats animées, entre autres, par Mohamed Benchicou, Malika Matoub, Belaïd Abrika, Md-Saïd Mezil
Source : Liberté