Deux responsables d'un hebdomadaire de l'opposition légale tunisienne Rachid Khechana et Monji Ellouze, poursuivent une «grève de la faim illimitée» pour dénoncer les harcèlements dont leur journal, Al-Mawkef, fait l'objet selon eux, de la part du pouvoir, au moment où la Tunisie célèbre, à l'instar de la communauté internationale la Journée mondiale de la liberté de la presse.
Depuis le 14 mars dernier, quatre éditions d'Al-Mawkef, organe hebdomadaire du Parti démocratique progressiste (PDP) ont été saisies et ses comptes en banque bloqués, sans aucune explication.
En signe de protestation, des membres du personnel ainsi que des activistes du PDP ont décidé de distribuer eux-mêmes le dernier numéro dans les rues de la capitale Tunis.
Khechana, rédacteur en chef d'Al-Mawkef, un des trois journaux d'opposition qui subsistent en Tunisie et Secrétaire général adjoint du PDP, passera le 10 mai en justice avec Chebbi, Directeur de la publication, pour répondre de pertes à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars que le journal aurait causé à des distributeurs d'huile alimentaire, Al-Mawkef ayant publié que leurs produits étaient frelatés et demandé qu'ils soient soumis à des analyses.
Ces sociétés réclament 500 000 dinars (274 000 Euros) de dommages et intérêts. En cas de condamnation, le journal devra fermer.
«La situation est intolérable, notre journal ne reçoit pas de publicités, ne vit que de ses ventes et se retrouve aujourd'hui menacé de disparition», déclarait fin avril Khechana lors d'une conférence de presse tenue au siège du PDP, deux jours avant la visite de Nicolas Sarkozy en Tunisie.
Khechana, 55 ans, et Ellouze, 59 ans, avaient justifié la grève de la faim comme «ultime moyen de défense», indiquant que des dirigeants du PDP, dont la Secrétaire générale Maya Jeribi, avaient tenté de vendre le journal à la criée dans le rues de Tunis pour protester contre «la censure déguisée».
L'Union Nationale des Journalistes Tunisiens, constituée en janvier dernier, vient de publier un manuel de formation et un guide de référence sur les questions liées aux « reportages sur les Droits de l'Homme ».
Ce manuel, qui attendait d'être publié depuis 2006, n'avait reçu son autorisation de publication que le mois dernier, lorsque le gouvernement avait levé l'interdiction qui frappait de nombreux ouvrages en Tunisie.
«Le Code de la presse comprend entre 40 et 50 chapitres restrictifs», a déclaré à APA samedi un journaliste tunisien qui pense que la Tunisie devrait plutôt «créer une charte nationale des médias qui rassemble toutes les parties ».
Le 3 avril dernier, une cour d'appel de Tunis a confirmé la condamnation à un an de prison du journaliste Slim Boukhdhir.
Boukhdhir, qui travaille pour le quotidien londonien Al-Quds Al-Arabi et pour la chaîne de télévision Al-Arabiya, a été initialement condamné à de la prison en décembre 2007 pour «comportement insultant envers un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions » après une altercation avec un policier qui le suivait.
Certains ont rapporté que le procès de Boukhdhir était «une vraie farce, le juge n'accordant aucune attention aux avocats de la défense».
Le président tunisien avait déclaré vendredi que l'Etat s'est employé à «développer ce secteur (de la presse) à la faveur des multiples décisions et mesures qui ont touché ses différents aspects juridique, réglementaire et politique ».
Le président Ben Ali estime que ceci « a permis d'enrichir le paysage médiatique en Tunisie, de consolider ses potentialités humaines et techniques, et de le doter de tous les moyens à même de promouvoir son rôle dans l'enracinement des fondements de la démocratie, l'approfondissement de l'esprit de dialogue et de consensus, et dans le soutien de notre processus de développement ».
Les propos du président français Nicolas Sarkozy affirmant que «l'espace des libertés progresse » en Tunisie ont suscité un tollé chez les défenseurs des droits de l'Homme en France et en Tunisie.
«Si des garanties ont été données à monsieur Sarkozy pour que les libertés progressent, tant mieux ! C'est notre demande », s'est étonné Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH).
«Malheureusement, sur le terrain, nous n'avons pas remarqué de progrès notables, c'est peut-être même le contraire qui se passe en réalité aujourd'hui », a-t-il ajouté.
Le fatalisme n'a pas sa place en Tunisie. Il faut dénoncer l'injustice des procès arbitraires. Nous n'avons pas le droit d'abandonner les victimes de la Tunisie. Madame Harakati Sameh est sur cette malheureuse liste que l'injustice a poussée en prison. La solidarité est une obligation morale pour tout ceux qui croit en l'innocence.