Créer un blog Présentation

Nom du blog :
kabylieazouzanet
Description du blog :
un blog sur des informations des droits de l'homme de tout les pays et sur les pouvoirs réprimant.
Description audio !

Catégorie :
Blog Actualité
Date de création :
20.03.2007
Dernière mise à jour :
06.10.2008
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<
· algerie (38)
· Bush (4)
· droit de l'homme (30)
· Enquête (5)
· france (7)
· MNJ (2)
· pour vous (2)
· USA (1)

Navigation

Accueil
Livre d'or kabylieazouzanet
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· La police sous les ordres du DRS
· La kabylie, 27 ans après le printemps berbère
· Ces kabyles "racistes" !!
· Le verdict de l’affaire Khalifa rendu hier au trib
· DANS LA BOITE AUX LETTRES : Les vœux pour 2008 comme nous les rêvons depuis le départ des Romains
· droit de l'homme en tunisie
· La corruption mine les marchés publics
· George Bush
· Le constat a été fait pour cinq wilayas du pays
· L’Algérie est elle perdue ?

Statistiques



Recherche personnalisée

Derniers commentaires

le-x-wali de blida
25.09.2008
le-x-wali de blida
25.09.2008
L'espoir et la meilleure des luttes
12.09.2008
Le monde recul dans l'humanitaire
26.08.2008
bonne chance
21.08.2008
La Tunisie de mon enfance
08.08.2008
je détecste de tt mon coeur ce pute benbouzid
30.07.2008
cc
30.07.2008
cc
30.07.2008
le début de la fin de la propagande
25.07.2008
le début de la fin de la propagande
25.07.2008
le début de la fin de la propagande
25.07.2008
Vous êtes tous des gamins fachos
02.07.2008
vive la kabylie
29.06.2008
savoir
15.06.2008
le drs
01.06.2008
remèrciément
29.05.2008
mais les divisions.
27.05.2008
mais les divisions.
27.05.2008
La Tunisie sans les vacances
27.05.2008
RSS

Autres blogs à visiter :

· huriauactu
· feobus
· policeruralepoliceillegale
· villesvillages
· quelqueshistoires
· paysetleurvilledumonde
· davidrival
· edouardtamba
· mondepolitique
· dc4ass

Enquete

Les pays les plus corrompus au monde

Posté le 26.09.2008 par kabylieazouzanet
Avec la Somalie et l’Irak perçus comme les pays les plus corrompus, l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2008 de Transparency International, qui vient de le publier, met en évidence le "cercle vicieux liant pauvreté, faillite des institutions et corruption. Les pays développés ne sont pas en reste. Les mauvaises performances dans l’IPC 2008 de certains pays industrialisés indiquent que les mécanismes de contrôle ne sont pas non plus infaillibles dans les pays riches."

Comment "calcule"-t-on la corruption?
Avec "L'Indice de Perception de la Corruption", qui évalue la perception du niveau de corruption affectant les administrations publiques et la classe politique. C'est un indice composite fondé sur différents sondages et enquêtes réalisés par des organismes indépendants. L'IPC 2008 couvre 180 pays, soit un nombre de pays équivalent à celui couvert en 2007. Il classe les pays sur une échelle de 0 (haut degré de corruption perçu) à 10 (faible degré de corruption perçu).

elon Transparency International, le Danemark, la Nouvelle-Zélande et la Suède, obtiennent la note la plus élevée avec 9,3, suivis par Singapour, avec une note de 9,2. En bas du classement, on retrouve Haïti avec 1,4, l'Irak et Myanmar avec 1,3, et enfin la Somalie avec une note de...1.

(Sources: Transparency International, Tuxboard)



--

1954-1962, l’Algérie en flammes

Posté le 25.08.2008 par kabylieazouzanet
La clef du succès de la révolution Algérienne

Le déclenchement de la guerre de Libération nationale, le 1er Novembre 1954, fut l’aboutissement d’une série de contradictions engendrées par la situation coloniale.


Le blocage politique, causé par la nature du statut octroyé par l’Assemblée nationale française en 1947, particulièrement par l’opposition systématique du colonat à toute réforme visant à modifier l’ordre colonial en faveur des Algériens, a provoqué une crise profonde, non seulement parmi les courants réformistes, mais aussi au sein du mouvement le plus représentatif des classes populaires algériennes, le PPA-MTLD. Ce déclenchement intervint pour résoudre d’abord les contradictions fondamentales générées par la conquête militaire du pays et la négation de son droit à l’indépendance nationale par le pouvoir colonial, la dépossession concomitante de ses citoyens, leur domination et oppression en tant que colonisés sans droits civiques et, ensuite, pour dépasser les contradictions secondaires inhérentes à une société segmentaire, transformée par un processus de structuration socio-économique entraîné par la colonisation et la pénétration du capitalisme en une société stratifiée, qui a été dominée et divisée en classes sociales ayant non seulement des visions et des stratégies politiques différentes, mais aussi antagonistes. Les courants réformistes - qui ne se sont jamais lassés de faire appel, en vain d’ailleurs, aux principes de 1789 et au libéralisme de la république bourgeoise colonisatrice - ont perdu toute crédibilité et toute emprise sur les couches populaires. Leur voie électoraliste, légaliste et gradualiste les a poussés dans un cul-de-sac politique. Cependant, en dépit de l’intransigeance de l’Etat colonial et du torpillage systématique de toutes les tentatives de réformettes mort-nées octroyées par les gouvernements français successifs, les réformistes algériens, représentés surtout par les élus, les Oulamas et l’UDMA n’ont jamais voulu tirer les conclusions qui s’imposaient. Ils ont contribué à quémander aux gouvernements et au peuple français des réformes en vue d’assurer leur ascension sociale et aussi améliorer les conditions d’une partie au moins des populations algériennes dans un cadre français. Malheureusement, la crise politique grave de la colonie a affecté aussi le PPA-MTLD lui-même. L’embourgeoisement progressif de sa direction politique l’a induit à concentrer ses efforts sur les élections truquées d’avance par les autorités coloniales, l’agitation politique de plus en plus coûteuse et meurtrière, mais sans conséquences significatives. Le renvoi à une période indéfinie de l’action directe jusqu’à ce que « les conditions préalables à la lutte armée soient réunies » a fini par lasser la base populaire et par pousser les cadres les plus dynamiques du parti à une révolte ouverte contre sa direction politique, représentée par les membres influents du bureau politique et du comité central. Pour le courant modéré intellectualisant, la préparation technique, organique et politique de la lutte armée devait être réalisée simultanément et en conjonction avec les conditions extérieures : envoi des armes et soutien diplomatique de quelques pays arabes au moins. Cette vue n’était qu’un prétexte pour faire apparaître aux cadres activistes de l’ex-OS que le moment n’était pas encore opportun pour déclencher la guerre de Libération tant attendue par les militants de base. Cela revenait en fait à infléchir psychologiquement le PPA-MTLD vers une orientation réformiste inavouée mais réelle. Le leader du parti, qui était en résidence surveillée en France, a été contraint de dénoncer le réformisme de la direction. Quand cette dernière a remis en cause ses prérogatives, il n’a pas hésité à exiger les pleins pouvoirs pour purger le parti des éléments réformistes avant de le lancer dans l’agitation politique qui était déjà dépassée par la conjoncture de l’époque. Pour la minorité des responsables comme Ben Boulaïd, membre du comité central, et les cadres formés par l’OS, partisans de l’action directe immédiate, les critiques formulées par Messali contre la direction politique étaient légitimes et bien fondées. Cependant, le fait de faire appel directement à la base militante pour la dresser contre les membres du comité central a été considéré par eux non seulement comme un coup d’Etat illégal, mais aussi comme une pratique dangereuse qui ne peut aboutir qu’à la division du parti dans un moment décisif. Pour éviter la scission au sein de ce mouvement populaire, les leaders du groupe activiste, anciens membres de l’OS, ont mis en place, avec trois représentants du comité central, le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) dont le but principal était de faire appel à la base pour rester neutre dans le conflit opposant Messali à la direction politique. Le maintien de l’unité était considéré comme vital pour un affrontement direct avec les forces de répression de l’Etat colonial. Mais l’intransigeance de Messali, encouragée par les faiblesses et les tergiversations des hommes influents du comité central, a provoqué des luttes intestines débilitantes au sein du parti. Ces luttes ont abouti à la division du PPA-MTLD en trois tendances antagonistes : les messalistes, les centralistes et les activités de l’OS. Cet état de choses a eu pour effets immédiats la satisfaction des milieux colonialistes, le soulagement des réformistes, représentés par les élus, l’UDMA, les Oulamas et la PCA, qui ont vu les militants du MTLD durant l’été 1954, et le désarroi de la base militante qui était convaincue, depuis longtemps, que le colonialisme français en Algérie ne cédera qu’à la force. Ayant échoué dans la préservation du seul mouvement révolutionnaire du pays, conscients que la scission avait compromis les chances du passage à l’action directe par le parti en tant que parti uni et convaincus de la faillite de la direction politique, les activistes, sous l’impulsion décisive de Boudiaf, ont décidé de déclencher la guerre de Libération nationale. Tirant profit de cette situation chaotique et confuse, Boudiaf, le futur responsable du comité des six qui ai organisé le déclenchement du 1er Novembre 1954, a pris contact avec les anciens membres de l’OS qui vivaient dans la clandestinité à travers le territoire national, et même en France aussi bien qu’au Caire. Ces contacts préliminaires lui ont permis de préparer la réunion des « 22 » durant le mois de juin à Alger. Ces vingt-deux participants qui étaient d’anciens membres de l’OS ont accepté le principe du déclenchement immédiat de la guerre de libération et élu Boudiaf, au vote secret, comme responsable du comité exécutif dont la tâche était de préparer la lutte armée et d’arrêter le jour J. En dépit de la défection des représentants de Constantine, qui se sont laissés convaincre parles arguments défaitistes du comité central insistant sur les conditions préalables au déclenchement, le comité des six a accompli sa mission dans des conditions très difficiles, caractérisées par une crise générale au sein du MTLD, qui a miné l’appareil et la hiérarchie du parti, ce qui a libéré les cadres et les militants des contraints organiques et politiques. Pour la première fois depuis sa création en 1962, les membres de ce mouvement révolutionnaire se trouvèrent libres de discuter, de critiquer, de choisir et, surtout, de décider du destin du pays. Harbi a commis une erreur monumentale d’appréciation en qualifiant le déclenchement du 1er Novembre « de putsh contre la direction du MTLD » (1). Cette option a été discutée au sein du parti pendant plus de trois mois. Car, devant la popularité du messalisme parmi les militants de base, les partisans de l’action armée ont été contraints de la soulever en tant que seule alternative pour débloquer l’impasse politique et résoudre la crise du Mouvement nationaliste révolutionnaire. Seulement, la date exacte du déclenchement a été gardée secrète.

les préparatifs du déclenchement

Les préparatifs pour la lutte armée étaient multiformes. Sur le plan politique, devant le refus de plusieurs personnalités en vue du parti, telles que Lamine Debaghine et Abdelhamid Mehri, d’accepter de prendre la direction de l’insurrection, le Comité des six a opté pour la direction collégiale et fermé définitivement l’accès à la direction politique à des non-participants aux préparatifs du déclenchement du 1er Novembre. Pressés par le temps et les évènements, les fondateurs du FLN et de l’ALN ont décidé de déclencher d’abord avec les moyens de bord et d’organiser ensuite. En effet, selon l’un des participants à la réunion des « 22 » « la seule issue possible qui s’offrait au peuple algérien était de précipiter le déclenchement armé de la révolution sans attendre une étude minutieuse et précise à suivre, sans attendre l’élaboration complète d’un programme d’action et d’une coordination à tous les échelons ». (2) Cette décision visait à boucler le bec de ceux qui voulaient d’abord créer les conditions préalables de réussite avant de passer à l’action directe. Sur le plan organisationnel, le Comité des six divisa le pays en six zones politico-militaires. Chaque zone a été subdivisée en plusieurs régions et chaque région en nombres variables de secteurs. La zone I, comprenant les Aurès-Nememcha, fut confiée à Ben Boulaïd, la zone II, le Nord constantinois à Didouche, la zone III, les deux Kabylies à Krim, la zone IV, l’Algérois à Bitat, zone V, l’Oranie, Ben M’hidi et le Sahara devait être érigé en zone VI qui serait commandée par un ancien adjudant de l’armée française nommé Slimane, fils du cadi de Colomb-Béchar. Il était en fait un agent des services secrets de l’Etat colonial. Il aura à son actif l’arrestation, en mars 1955, de l’un des membres du Comité des six et chef désigné de la zone IV, Bitat. Chaque zone jouissait de toute la liberté jusqu’à nouvel ordre. Les responsables des préparatifs ont crée le FLN et l’ALN. Le premier représente la nouvelle organisation politique de la lutte, et la seconde constitue son instrument militaire. Dès sa genèse, le FLN, conçu dans l’esprit de ses fondateurs comme faisant partie intégrante et inséparable de l’ALN - qui est l’outil de réalisation de ses objectif -, fut considéré comme l’incarnation de la nation en guerre et, par conséquent, le seul représentant de la volonté nationale. Enfin, pour s’assurer un appui extérieur, des contacts ont été rétablis avec Ben Bella, Aït Ahmed et Khider - tous trois recherchés par la police coloniale en raison de leurs activités dans le cadre de l’OS - qui s’étaient réfugiés au Caire. Mais, malgré l’association de ces représentants du MTLD à l’extérieur aux préparatifs du déclenchement de la lutte armée, la primauté de l’intérieur sur l’extérieur a été affirmée dès le début du FLN. Ce « principe était juste dans son esprit dans la mesure où il signifiait que rien ne pouvait être fait sans l’accord de ceux qui se battaient sur le terrain. » (3) Les responsables du déclenchement de la guerre de Libération ont tiré des leçons utiles de l’échec des AML, de l’impasse électoraliste, du refus persistant des formations politiques réformistes qui sont rejeté toute idée d’une action unitaire sur la base d’un programme politique. Pour ces pères fondateurs, il n’y avait pas d’autres choix possibles : le salut national exigeait plus qu’une alliance sacrée des temps de guerre pour libérer la patrie occupée. Les conditions objectives et subjectives prévalant à l’époque en Algérie militaient en faveur de la formation d’un front de libération nationale transclassiciste et d’une armée unique ayant pour but de réaliser les objectifs politiques définis par le PPA-MTLD. Pour compléter tous les préparatifs, les responsables du déclenchement ont rédigé une proclamation qui sera diffusée en Algérie et au Caire, précisant, entre autres choses, les raisons du passage à l’action directe, les objectifs, le programme politique du FLN ainsi que les conditions d’un cessez-le-feu. Comme le contenu et le ton de ce texte sont très révélateurs de l’état d’esprit, de l’orientation idéologique et du style politique des fondateurs du FLN, il est pertinent de reproduire ici les passages essentiels de cette proclamation historique.

I- les raisons du déclenchement

« Peuple algérien, militants de la cause nationale, à vous qui êtes appelés à nous juger (le premier d’une façon générale, les seconds tout particulièrement), notre souci... est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir... Notre but demeure l’indépendance nationale. Nous considérons qu’après des décades de lutte le Mouvement national a atteint sa phase finale de réalisation. En effet, le but d’un mouvement révolutionnaire étant de créer toutes les conditions d’une action libératrice, nous estimons que, sous ses aspects internes, le peuple est uni derrière le mot d’ordre d’indépendance et d’action et sous les aspects extérieurs, le climat de détente est favorable... Les évènements du Maroc et de la Tunisie sont à ce sujet significatifs et marquent profondément le processus de la lutte de libération de l’Afrique du Nord. A noter dans ce domaine que nous avons, depuis fort longtemps, été les précurseurs de l’unité dans l’action, malheureusement jamais réalisée entre les trois pays. Aujourd’hui, les uns et les autres sont engagés résolument dans cette voie, et nous, relégués à l’arrière, nous subissons le sort de ceux qui sont dépassés. C’est que notre mouvement national, terrassé par des années d’immobilisme et de routine, pensable de l’opinion populaire, dépassé par les évènements, se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l’avant-garde algérienne. L’heure est grave ! Devant cette situation qui risque de devenir irréparable, une équipe de jeunes responsables et militants conscients, ralliant autour d’elle la majorité des éléments encore sains et décidés, a jugé le moment venu de sortir le mouvement national de l’impasse où l’ont acculé des luttes de personnes et d’influences pour le lancer... dans la véritable lutte révolutionnaire. Nous tenons, à cet effet, à préciser que nous sommes indépendants de deux clans (4) qui se disputent le pouvoir. Plaçant l’intérêt national au-dessus de toutes les considérations mesquines et erronées de personnes et de prestige, conformément aux principes révolutionnaires, notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul ennemi et aveugle, qui s’est toujours refusé à accorder la moindre liberté par des moyens de lutte pacifique ».

II- grandes lignes de notre programme politique

Pour réaliser les objectifs que ses fondateurs lui ont assignés, le FLN-ALN offre la possibilité à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens de s’intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération et sur la base de ce programme politique ayant pour but l’indépendance nationale par : 1- La restauration de l’Etat algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. 2- Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de race et de confession. Objectifs intérieurs :
- Assainissement politique par la remise du mouvement national révolutionnaire dans sa véritable voie et par l’anéantissement de tous les vestiges de corruption et de réformisme, causes de notre régression actuelle ;
- Rassemblement et organisation de toutes les énergies saines du peuple algérien pour la liquidation du système colonial.
- Objectifs extérieurs : internationalisation du problème algérien ; réalisation de l’unité nord-africaine dans son cadre naturel arabo-musulman. Moyens de lutte :
- Conformément aux principes révolutionnaires et compte tenu des situations intérieures et extérieures, la continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but. « Pour parvenir à ces fins, le FLN aura deux tâches essentielles à mener de front et simultanément une action intérieure tant sur le plan politique que sur le plan de l’action directe et une action extérieure en vue de faire du problème algérien une réalité pour le monde entier avec l’appui de tous nos alliés naturels. C’est là une tâche écrasante qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies et toutes les ressources nationales. Il est vrai, la lutte sera longue, mais l’issue est certaine ».
conditions du cessez-le-feu

En dernier lieu... pour prouver notre désir réel de paix, limiter les pertes en vies humaines et les effusions de sang, nous avançons une plate-forme honorable de discussions aux autorités française si ces dernières sont animées de bonne foi et reconnaissent une fois pour toutes aux peuples qu’elles subjuguent le droit de disposer d’eux mêmes. 1- La reconnaissance de la nationalité algérienne par une déclaration officielle abrogeant les édits, décrets et lois faisant de l’Algérie une terre française en déni de l’histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des mœurs du peuple algérien. 2- L’ouverture des négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, unie et indivisible. 3- La création d’un climat de confiance par la libération de tous les détenus politiques, la levée de toutes les mesures d’exception et l’arrêt de toute poursuite contre les forces combattantes. En contrepartie : 1- Les intérêts français, culturels et économiques, honnêtement acquis, seront respectés ainsi que les personnes et les familles. 2- Tous les Français désirant rester en Algérie auront le choix entre la nationalité d’origine et seront de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur ou opteront pour la nationalité algérienne et, dans ce cas, seront considérés comme tels en droit et en devoirs. 3- Les liens entre le France et l’Algérie seront définis et feront l’objet d’un accord entre les deux puissances sur la base de l’égalité et du respect de chacun. « Algérie ! Nous t’invitons à méditer notre charte ci-dessus. Ton devoir est de t’y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté » Le recrutement des combattants a été affecté par deux facteurs : le temps et le manque quasi absolu des armes. En dehors des Aurès et de la Kabylie où les militants détenaient quelques armes, les responsables des autres zones n’ont pu, en l’espace d’à peine trois mois, se procurer assez d’armes pour mobiliser les militants nationalistes. Face à une armée coloniale régulière de 56 500 soldats (en plus de la police et des civils armés), les fondateurs du FLN-ALN n’ont pu recruter qu’un effectif de combattants en armes estimé à environ 960, répartis à travers le territoire national comme suit : 350 dans les Aurès - Nememchas, 50 dans le Nord constantinois, 450 en Kabylie, 50 dans l’Algérois et 60 en Oranie. A l’exception de la zone I, partout ailleurs l’armement a été d’une très mauvaise qualité (5). Quel que soit le nombre exact des combattants armés, l’ALN attaqua le 1er Novembre 1954 plusieurs objectifs militaires et civils stratégiques ennemis à la même heure et à travers l’Algérie. Le déclenchement de la lutte armée et la diffusion de la proclamation esquissée ci-dessus provoquèrent des réactions et prises de position diverses aussi bien en Algérie qu’en France.
la réaction française : la guerre à outrance

Toutes les réactions et prises de position françaises initiales étaient prédéterminées par les vieux mythes colonialistes tels que l’Algérie c’est la France, de Dunkerque à Tamanrasset, la Méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris. La presse française réaffirma la souveraineté française et accusa les pays membres de la Ligue arabe. Pour l’éditorialiste du Figaro du 2 novembre 1954 « la ligue arabe, les exilés du Caire... ne sont sans doute pas les seuls à jouer contre nous la politique du pire... » Le Monde du 3 novembre observa qu’« on objectera que les attaques... n’ont pas le ton messaliste. Elles ne se sont accompagnées... d’aucun mouvement de masse, d’émeute, de soulèvement. L’émeute une fois passée, on ne signalait pas d’effervescence suspecte. Il faudrait donc admettre que l’on se trouve en face d’une organisation étrangère aux formations nationalistes ». Pour l’Aurore du 5 novembre « les exécutants sont armés et commandés du dehors ». A son tour, France Observateur rétorqua qu’« il ne faut pas exclure que les provocateurs aient pu jouer sur l’exaspération des nationalistes extrémistes afin de briser toute évolution positive et de faire déclencher la répression » ; leur but serait d’« obliger le président du Conseil, P. Mendès France, à se désavouer ou à se démettre » en créant « l’irréparable au Maghreb ». Pis encore, L’Humanité, exprimant la position du PCF, invoquant l’enseignement de Lénine, condamna « le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient pas fomentés par eux... » (6) Ce fut ainsi que la presse française, de droite aussi bien que de gauche a présagé ou, plutôt, préconditionné les positions officielles des dirigeants politiques de l’Etat français de cette période. En effet, les réactions et prises de positions des leaders furent inaugurées par la déclaration de Léonard, gouverneur général, diffusée le 5 novembre par Radio-Alger : « Je dirais... que ces faits témoignent d’un propos délibéré, alors que l’Algérie vivait dans l’ordre et la paix, alors qu’absolument rien ne pouvait justifier une telle agression, d’étendre à nos trois départements les désordres sanglants qui désolent les territoires voisins. Pour connaître les origines d’un tel complot, il suffit d’écouter les appels frénétiques de certaines radios étrangères et de savoir les liens directs qui unissent les dirigeants de cette entreprise lointaine avec les groupements terroristes qui ont opéré en Algérie. » Pour Mitterrand, ministre de l’Intérieur de l’époque, « la seule négociation avec les hors-la-loi, c’est la guerre », affirma-t-il le lendemain du déclenchement. Le 7 novembre, il réitéra sa volonté belliqueuse en déclarant que l’« Algérie, c’est la France ». Le 12 novembre, le Premier ministre Mendès France exprima la position du gouvernement français dans un discours prononcé durant un débat à l’Assemblée nationale en termes fermes et sans aucune nuance ni ambiguïté : « Qu’on n’attende de nous aucun ménagement avec la sédition, aucun compromis avec elle... Les départements de l’Algérie... sont français depuis longtemps... La France ne laisse pas mettre en cause son unité. Entre elle et la Métropole, il n’est pas de sécession convenable... Jamais la France, jamais aucun parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. » En raison de telles intransigeances et prises de position belliqueuses, la guerre s’annonça dure et longue. Devant l’accroissement et l’extension des actions de l’ALN, des renforts successifs ont été dépêchés de France pour garder l’Algérie française. En février 1955, les effectifs militaires français atteignent (sans compter les goums, mercenaires, traîtres algériens et la police coloniale) 83 400 hommes. Bientôt, ces effectifs dépasseront plus de 600 000 hommes face à un nombre de combattants de l’ALN et de supplétifs variant entre 15 000 et 25 000 hommes. La détermination des gouvernements français s’intensifiait de jour en jour. En effet, quinze mois après le déclenchement du 1er Novembre 1954, le président du conseil, Guy Mollet, réaffirma, le 9 février 1956, emphatiquement : « Le gouvernement se battra, la France se battra pour rester en Algérie et elle y restera. Il n’y a d’avenir pour l’Algérie qu’avec la France. » Désormais, fort du soutien de l’assemblée nationale qui lui a accordé les pouvoirs spéciaux, le gouvernement socialiste, présidé par Guy Mollet, donnera carte blanche aux généraux pour mater la rébellion, anéantir les bandes de hors-la-loi et rétablir la paix coloniale. La découverte des hydrocarbures au Sahara en 1956 contribua au durcissement de la position française. Incapable d’intensifier la guerre pour maintenir l’Algérie française tout en gardant la Tunisie et le Maroc sous sa domination directe, la France fut contrainte par la tournure des événements d’accorder à ces deux pays voisins d’abord l’autonomie interne et, ensuite, l’indépendance. Cette paix séparée a permis au pouvoir colonial de concentrer ses troupes en Algérie en vue de tenter, en vain, de détruire les unités de l’ALN et de démanteler l’organisation du FLN. Croyant à tort que le président Nasser était l’instigateur principal de la rébellion algérienne, le gouvernement socialiste de Guy Mollet entraîna la France dans l’agression tripartite contre l’Egypte en 1956. Cependant, le succès militaire, politique et diplomatie de la résistance algérienne finit par provoquer une triple crise : gouvernementale, parlementaire et financière en France. Devant ce désordre politique et économique, les généraux ont opéré un putsch militaire en Algérie, grâce auquel le général de Gaulle fut rappelé au pouvoir par un parlement acculé. Ce qui entraîna l’écroulement de la IVe République et l’établissement de la Ve. Une fois au pouvoir, le général de Gaulle procéda à la « décolonisation de l’Afrique française », afin de concentrer l’effort de l’armée sur la « pacification de l’Algérie » ! Il accorda aussi dans le domaine militaire carte blanche aux généraux pour essayer, en vain, d’anéantir les combattants de l’ALN. En dépit d’énormes difficultés créées par les opérations Challe (7), l’ALN a non seulement réussi à survivre, mais elle a continué à harceler les forces ennemies à travers tous les coins du territoire national. Les coûts de la guerre ont atteint des niveaux insupportables. Par exemple, les dépenses militaires annuelles de l’Etat français s’élevèrent de 2,8 milliards de nouveaux francs en 1955 à 10 milliards en 1960. (8) L’effort de guerre français, visant à maintenir le statu quo colonial, a entraîné la radicalisation de la guerre d’indépendance.

de la guerre révolutionnaire de libération à la révolution socio-politique

La guerre à outrance que l’armée d’occupation a menée contre les résistants algériens et surtout les populations rurales (comprenant plus de 80 % des habitants), qui les logeaient, les guidaient, les nourrissaient et leur fournissaient des combattants et des auxiliaires, a fini par transformer une guerre révolutionnaire en une véritable révolution. Elle a abouti à un changement des rapports de force au sein de la société en faveur des couches populaires et des activités qui ont eu le mérite de débloquer une situation politique paralysée par l’inertie, l’inconséquence et l’inefficacité des dirigeants des rassemblements, mouvements et partis politiques réformistes. En effet, une fois leur première mission accomplie, les chefs politico-militaires des zones et leurs hommes se regroupèrent afin de procéder à la mise en place, à la consolidation et à l’extension en arabe nidham. Leur tâches principales étaient de structurer les populations rurales et urbaines, démultiplier le recrutement des militants du FLN et des combattants de l’ALN, d’établir des bases sûres, des réseaux de communications et de la logistique. Durant des mois, les armes des combattants réguliers provenaient des récupérations effectuées par l’ALN dans les embuscades et les accrochages avec l’armée française. Dès le début, la stratégie de l’ALN peut être résumée ainsi : survivre c’est vaincre. En effet, étant donné l’inégalité des forces des deux adversaires, les affrontements militaires classiques étaient exclus, sauf dans de rares cas. L’ALN a eu pour directive de frapper et se replier vite. Cette tactique lui a permis non seulement de se procurer des armes, des munitions et même des habits, mais surtout de garder l’initiative et l’avantage offert par l’effet de surprise. Conscients des faiblesses numériques et matérielles de la résistance des forces centrifuges latentes inhérentes à une société segmentaire et surtout marquée profondément par l’histoire du mouvement national et de l’expérience traumatique de la crise du PPA-MTLD, les fondateurs de la révolution de Novembre ont mis en place, graduellement, une organisation révolutionnaire omniprésente, autoreproductrice et, par conséquent, imbattable à long terme. Se basant sur le vieil adage : l’union fait la force, ils ont demandé à toute la population algérienne d’accepter de se soumettre aux exigences de la dynamique unitaire et organisationnelle mise en mouvement par le PPA-MTLD depuis les années 1920, à sa logique et à ses implications politico-militaires. En effet, la réalisation des objectifs assignés à la nouvelle organisation politico-militaire exigea l’imposition du FLN comme un parti-nation.Ainsi,lesdifficultéset problèmes créés par les inégalités des forces algériennes et françaises ont été finalement surmontés par une efficience organisationnelle, rendue possible par une direction politique unique. Cette combinaison constitua l’avantage à la fois stratégique et tactique de la résistance algérienne. Le procès-verbal du congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956, révéla les progrès énormes réalisés par la révolution armée au bout de vingt et un mois. Sans compter la zone I qui n’était pas représentée en raison de la mort de son commandant en chef, Ben Boulaïd, la révolution disposait déjà de 7469 combattants réguliers, de 15 570 partisans civils (moussebiline), de 2464 armes de guerre, de 893 500 000 anciens francs et et de milliers de militants du FLN (9). Le succès de la nouvelle organisation révolutionnaire a entraîné progressivement le ralliement des forces politiques représentées par les centralistes modérés, les partisans de l’UDMA, des Oulamas (10) et même des élus et des administratifs collaborateurs au FLN et à l’ALN. Cependant, à l’exception des centralistes qui ont rejoint les rangs du FLN sans trop tarder, toutes les autres forces politiques ont attendu jusqu’après le succès décisif remporté par la zone II du Nord constantinois durant l’attaque généralisée du 20 août 1955. La réaction répressive de l’armée et de la police coloniales - qui ont procédé à des massacres collectifs de milliers de civils algériens - provoqua une rupture presque totale et irréversible entre les autorités françaises et les couches populaires algériennes. En somme, l’ingéniosité du FLN et de l’ALN réside dans leur façon de résoudre le problème présenté par les faiblesses numériques, matérielles et financières face à l’appareil étatique ennemi - ayant une armée classique considérable, suréquipée, bien entraînée et nourrie - par l’implantation de structures révolutionnaires horizontales, capables de mobiliser et de canaliser les énergies les plus créatrices des militants et combattants de base. Pour obtenir un meilleur résultat de ces structures horizontales, capables de mobiliser et de canaliser les énergies les plus créatrices des militants et combattants de base, qui s’étendent spécialement sur l’Algérie et la France, des structures verticales, visant à promouvoir une division du travail indispensable à l’efficacité des actions multiples entreprises partout et à tous les niveaux de l’organisation et nécessitant conceptualisation, préparation, supervision, coordination et exécution, ont été mises en place.

les structures horizontales

Le comité des six, constitué par la réunion du 22 juin 1954, a divisé le pays en six zones politico-militaires avant le déclenchement de la Révolution. Ce comité n’a fait que reproduire l’organigramme de l’OS. Toute liberté d’action fut accordée au commandement de chaque zone jusqu’au congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956. La plate-forme de ce congrès a perfectionné les structures révolutionnaires de l’Algérie en guerre. Les six zones ont été transformées en six wilayas. Chaque wilaya a été subdivisée politico-militairement en trois ou quatre mintaqa (zones). Chaque zone en trois ou quatre nahiya (régions). Chaque nahiya secteur comprend plusieurs douars (districts ruraux) et chaque district est composé de plusieurs dachras ou mechtas (villages). La capitale du pays a été érigée en Zone autonome d’Alger, subdivisée en trois secteurs : le secteur I couvre le centre, le secteur II le sud, le secteur III l’ouest. Chaque secteur a été subdivisé en quartiers et chaque quartier en îlots urbains, champs d’action du groupe composé de 31 membres (à savoir quatre cellules de sept membres chacune, c’est-à-dire six militants dirigés par un chef de cellule), deux responsables dirigent chacun un demi-groupe (englobant deux cellules) et sont tous deux soumis à l’autorité d’un chef de groupe. Etant donné la présence d’environ 400 000 ouvriers émigrés en France même, la métropole des colons a été subdivisée - en fonction des axes de leur forte concentration - en six wilayas, découpées en superzones - chacune en plusieurs zones et chaque zone en un nombre variable de régions. Toutes ces subdivisions spatiales étaient coiffées au sommet par la fameuse Fédération de France du FLN, dirigée par un comité de cinq à six membres. Chacun était responsable d’une branche d’activité (organisation, propagande, trésorerie, affaires sociales, groupes de choc - ou organisation spéciale). A chaque échelon de la hiérarchie (zone, région), la direction est assumée par un comité. La Fédération de France du FLN s’étend aussi sur la Belgique, la Suisse et l’Allemagne de l’Ouest. Elle encadre les activités politiques de toutes les colonies des travailleurs et des étudiants algériens en Europe. Les réfugiés algériens en Tunisie et au Maroc, dont le nombre s’élève à environ trois à quatre cents mille personnes, seront encadrés dans deux fédérations distinctes du FLN, organisées de la même manière que celle de France. A partir des années 1957-1958, les dirigeants de la guerre de Libération ont établi des bases importantes de logistique de l’ALN dans les deux pays maghrébins voisins. Le départ des membres du comité de coordination et d’exécution (CCE), qui ont survécu à la soi-disant Bataille d’Alger du général Massu en 1957, à l’étranger, a stimulé le développement de l’appareil politico-diplomatique et militaro-administratif, sous la direction d’abord du CCE élargi et ensuite du GPRA (11). Les unités de l’ALN des frontières algéro-tunisiennes et algéro-marocaines, bloquées en dehors du pays par la construction des lignes Morice et Challe, sont réparties en deux commandements : le com-Est et le com-Ouest. Chacun est subdivisé en zones. Les deux PC ont été maintenus après la création de l’état-major général (EMG) de l’ALN de l’extérieur en 1960. Dès le début, au lieu d’accomplir sa mission d’acheminer hommes, armements et munitions aux wilayas de l’intérieur en franchissant les lignes de fortification, mission qui lui a été confiée par le CNRA (12) durant sa session extraordinaire de décembre 1959 janvier 1960, l’EMG, dirigé par le colonel Boumediène, préféra s’efforcer de se soustraire à l’autorité du GPRA en vue de préparer son ascension au pouvoir une fois l’indépendance acquise. Cela transforma rapidement les officiers et cadres de cette ALN externe en putschistes potentiels préoccupés principalement par le développement et la consolidation non seulement de leurs influences politiques au sein des structures verticales (particulièrement au sommet de la hiérarchie), mais aussi par la préparation des conditions nécessaires qui leur permettront d’occuper, le moment venu, le devant de la scène politique algérienne. Le but de l’EMG était de discréditer l’autorité du GPRA en affaiblissant politiquement ses membres influents tels que Krim, Boussouf et Bentobal. Leurs activités putschistes ont été poursuivies, au détriment de leurs activités proprement militaires. Selon les chefs des wilayas de l’intérieur, « les responsables de l’EMG, de l’ALN, de l’extérieur ont failli à leur mission d’acheminer les armes et autres moyens nécessaires à l’ALN des wilayas qui a supporté tout le poids et les coups de l’armée d’occupation, particulièrement durant les opérations Challe ! »

les structures verticales de la révolution

Le succès du FLN et de l’ALN s’explique par leur capacité politique d’ériger une contre-structure-étatique clandestine : « Réalisation dans la pratique quotidienne à tous les échelons de l’appareil révolutionnaire, du sommet à la base, non seulement la négation de l’appareil oppressif colonial mais aussi la réduction progressive de son emprise sur la population algérienne. » (13) Le CNRA était l’instance législative suprême de la Révolution algérienne. Il définissait la politique générale à suivre et contrôlait aussi son exécution par le pouvoir exécutif représenté par le GPRA. C’était le seul organisme habilité à prendre des décisions concernant l’avenir du pays et à ratifier tout accord d’Evian... Le CNRA tel que les parlement de l’Algérie en guerre. Ses débats houleux et libres ressemblait, à bien des égards, à ceux de l’Assemblée nationale française durant la IVe République. Néanmoins, pendant ses longues intersessions, il accordait au pouvoir exécutif une large latitude d’action. Le pouvoir exécutif, représenté d’abord par le comité des six, issu de la réunion des 22, ensuite par le CCE créé parle congrès de la Soummam et, finalement, par le GPRA, assume le pouvoir exécutif de l’Etat algérien jusqu’à la libération du territoire national et l’établissement des institutions définitives. Il est investi à la fois d’un pouvoir de légation active et particulièrement de la conduite de la guerre de Libération nationale, à laquelle il doit accorder la priorité absolue. En outre, le GPRA gérait les intérêts de la nation algérienne. Pour obtenir une plus grande efficacité dans la conduite de la guerre, le GPRA a créé un comité interministériel de guerre (CIG) composé de trois membres appartenant au groupe fondateur du FLN et de l’ALN : Krim, Bentobal et Boussouf. Ce comité supervise toutes les activités proprement militaires. L’EMG dépendait directement du CIG. Mais, les divergences entre les membres de ces deux organismes, provoquées par la résurgence des contradictions secondaires, ont abouti finalement au premier coup d’Etat de l’Algérie indépendante, effectué par l’EMG en alliance avec Ben Bella et Khider, respectivement vice-président et ministre du GPRA en captivité et les anciens partisans des Oulamas et de l’UDMA et de nombreux éléments opportunistes contre le gouvernement provisoire présidé par Ben Khedda, une fois l’indépendance acquise, en 1962. La course au pouvoir déclenchée par cette coalition formée par des forces politiques - comprenant même les descendants des familles collaboratrices aussi bien que des anciens militants du PCA - provoqua une crise grave au sein du FLN et de l’ALN. Elle a été rendue possible par l’ouverture de la direction politique durant le congrès de la Soummam aux dirigeants des anciens courants réformistes (UDMA, Oulamas). Cependant, ce congrès a homogénéisé les structures opérationnelles et hiérarchiques du FLN. Désormais, chaque échelon de la hiérarchie organisationnelle - wilaya, mintaqa, nahiya et kism - est commandé par un responsable politico-militaire assisté par trois ou quatre adjoints chargés respectivement des tâches, militaires, politiques - renseignements et liaisons - et logistiques... Ainsi, la responsabilité est confiée à un conseil selon le principe de collégialité du FLN, ALN de guerre. Les forces combattantes étaient composées par les moudjahidine et les moussebiline. Les moudjahidine portaient des uniformes et des armes militaires. Elles constituaient à la fois une armée de partisans par sa méthode stratégique et tactique de lutte (la guérilla) et une armée régulière par ses structures, son commandement, son uniforme, sa discipline, ses couleurs, le port ouvert des armes, ses grades et insignes correspondants. L’ALN était répartie en différentes unités : faïleq (bataillon), katika (compagnie), firqa (section) et faoudj (groupe). Les moussebiline étaient des partisans en civil, armés de fusils de chasse à cause du manque d’armement militaire. Ils étaient chargés de saboter et d’appuyer durant les attaques et les embuscades montées par l’ALN et surtout de renseigner ses unités sur les mouvements des troupes ennemies, de leur servir de guides, de messagers, de vigiles, etc. Ben M’hidi a évalué leur rôle en ces termes : « Ces hommes sans uniformes sont pour le FLN et l’ALN ce que sont les yeux, les oreilles et les membres pour un être vivant. » Les moussebiline maintenaient les liens étroits et surtout réalisaient et alimentaient l’osmose entre l’ALN et le peuple. Les populations rurales étaient organisées au niveau des douars par des assemblées populaires (ou djemaâs). Chacune était dirigé par un conseil de cinq membres (dont un président) militants du FLN. Ils étaient désignés par l’état-major du secteur. Chaque membre était chargé d’une ou plusieurs tâches spécifiques, ravitaillement, perception des cotisations, justice, recrutement, service de sécurité, logistique et renseignement. La nécessité révolutionnaire et stratégique a exigé des dirigeants de la guerre de Libération nationale de rendre la présence et l’emprise politique et organisationnelle du FLN et de l’ALN parmi toutes les classes, couches et catégories sociales de la société algérienne omniprésentes. La plate-forme de la Soummam est explicite à ce sujet : « Il s’agit d’être présent partout. Il faut savoir allier l’action clandestine et l’action légale. Il faut organiser, sous des formes multiples, souvent complexes, toutes les branches de l’activité humaine. » (13) Cet objectif poussa immédiatement le FLN à organiser les travailleurs salariés au sein de l’UGTA (14), fondée durant son congrès constitutif, tenu à Alger du 24 au 26 février 1956. Elle succède à la commission ouvrière établie en 1951 à l’intérieur du PPA-MTLD. Dès le début, l’UGTA se considéra comme une confédération dirigée par une commission exécutive de 21 membres élus en congrès. Cette commission élit à son tour un bureau exécutif de 12 membres et un secrétariat de 5 membres. En l’espace d’une année, l’UGTA a contrecarré l’influence de ses deux rivales, l’UGSA (15) et l’USTA (16). Elle incorpora la majorité écrasante des travailleurs algériens. Après trois grèves organisées le 5 juillet, le 15 août et le 1er novembre 1956, l’UGTA annonça publiquement, à la veille de la grève des 8 jours - du 28 janvier au 4 février 1957 -, que son but essentiel visait à « plébisciter le FLN, unique porte-parole de l’ALN et guide aimé, éprouvé et lucide de la Révolution algérienne bientôt, triomphante ».(17). Cette grève politique insurrectionnelle éprouva durement ses rangs et accula ses cadres et adhérents à la clandestinité et ses dirigeants principaux à l’exil. Son secrétaire général. Aïssat Idir, qui fut l’un de ses fondateurs et membre du CCE, a été torturé à mort. En dépit de ce revers, l’UGTA joua un rôle déterminant sur le plan interne, et surtout externe, en sensibilisant et mobilisant l’opinion publique internationale, à travers les syndicats ouvriers, contre la guerre menée par la France en Algérie. Afin de mobiliser les marchands et commerçants nationaux, le FLN créa en septembre 1956 l’UGCA. (18) Son objectif essentiel était à la fois politique - obtenir l’adhésion de cette couche sociale - et financier - inciter ces catégories sociales à payer des cotisations en vue de financer l’effort de guerre de Libération. A l’instar de l’UGTA (19), l’UGCA y organisa aussi l’AGCA (20) sous l’égide de la Fédération de France du FLN. Elles fournirent de précieuses contributions au trésor de guerre du FLN. Dès le déclenchement de la Révolution, les anciens membres de la section universitaire des étudiants affiliés au MTLD réussirent, avec l’appui du FLN, à fonder l’UGEMA à l’issue du congrès constitutif tenu à Paris du 8 au 14 juillet 1955. A la base, les sections locales de l’UGEMA étaient organisées autour des centres universitaires de leurs membres, en tenant compte de leurs implantations territoriales non seulement en Algérie mais à travers le monde. Sa direction nationale était constituée par un comité directeur de 17 à 21 membres élus par le congrès annuel. Ce comité lui-même choisit en son sein un comité exécutif formé de cinq à neuf membres. Le but essentiel de l’UGEMA était de fournir un soutien direct au FLN et à l’ALN en recrutant parmi les étudiants des militants du FLN et des combattants de l’ALN, et un appui politique en mobilisant les mouvements et associations estudiantines à travers le monde. L’UGEMA a contribué d’une façon décisive à la libération du pays. Elle a fourni à l’ALN des officiers valeureux tels que Allaoua Benbatouche, tombé au champ d’honneur, d’innombrables commissaires politiques, militants, diplomates, habiles du GPRA... Des centaines d’étudiants ont connu la torture et les géôles coloniales. Partant du principe d’organiser tout le monde et partout, le FLN-ALN a mis en place des structures adaptées aux camps de regroupement, d’internement et aux prisons afin d’encadrer les populations regroupées, les militants et combattants internés et emprisonnés. Ainsi, même cet univers concentrationnaire, établi par l’Etat colonial pour empêcher les patriotes de faire leur devoir, a été organisé afin de permettre à tous ces prisonniers de continuer la résistance sous d’autres formes : grèves de la faim pour les droits des prisonniers politiques, protestations et dénonciations des conditions inhumaines, etc. Un ancien prisonnier a écrit : « Du tréfonds où nous en sommes, la voix paraît sans écho ; mais nous hurlons comme des tigres encagés protestant leur captivité immonde. »

Notes (1)- M. Harbi. - Le FLN : mirage et réalité. Les Editions J. A., Paris (2e édition), 1985, p. 124. (2)- Lakhdar Bentobal ; Conférence aux cadres du FLN de Tunis, 5 février 1960. (3)- M. Boudiaf ; La Préparation du 1er Novembre, in El Jarida, Organe du PRS, n°15, novembre - décembre 1974. (5)- Harbi : le FLN. - Op. cit., p. 127 (6)- Cités par Harbi, in 1954 : La guerre commence en Algérie ; Editions Complexes, Bruxelles, 1984, pp., 17, 26-27 (7)- Le nom du général Maurice Challe, chef d’état-major de l’armée française. (8)- Selon A. Horne, l’armée française a dépensé de 1954 à 1962 en Algérie un montant total estimé entre 50 et 55 milliards de nouveaux francs (A Savage War of Peace : Algeria 1954-1962, MacMillan, Londres, 1977, p. 539) (9)- La zone de Souk Ahras était aussi absente du congrès. (10)- Au lendemain du 1er Novembre 1954, le journal de l’AOA, El Baçaïr, exprima des réserves vis-à-vis des opérations menées par le FLN et l’ALN. Puis, les 17 et 18 janvier 1955, le congrès des Oulamas réuni à Tlemcen demanda à Tewfik El Madani : « Dites-nous si les méfaits de la France ne sont pas préférables à la bestialité de la lutte. Nous préférons, quant à nous, aux meurtres l’avenir et l’éducation de nos enfants » : El Baçaïr, n°298-1954 - cité par A. Nadir, le Réformisme algérien : son rôle dans la formation de l’idéologie nationale - Doctorat de 3e cycle, Paris Sorbonne, 1968). (11)- Gouvernement provisoire de la République algérienne, créé par le CCE le 9 septembre 1958. (12)- Le Conseil national de la Révolution algérienne, créé lors du Congrès de Soummam le 20 août 1956. (13)- (13’) Voir S. Chikh ; L’Algérie en arme (sur tout le chapitre II), Economic, Paris 1981, p. 242. (14)- Union générale des travailleurs algériens (15)- Union générale des syndicats algériens (16)- Union syndicale des travailleurs algériens (17) L’Ouvrier algérien du 26 janvier 1957 (18)- Union générale des commerçants algériens (19)- Amicale générale des travailleurs algériens (20)- Amicale générale des commerçants algériens

tension au début de la guerre au sein du pouvoir français

Pierre Mendès France, président du Conseil, Assemblée nationale, 12 novembre 1954 : « L’Algérie, ce n’est pas la Tunisie »

« Vous pouvez être certains, en tout cas, qu’il n’y aura, de la part du gouvernement, ni hésitation, ni atermoiements, ni demi-mesures ; il n’y aura aucun ménagement contre la sédition, aucun compromis avec elle ; chacun, ici et là-bas, doit le savoir. Cela doit être clair une fois pour toutes et pour toujours, aussi bien en Algérie et dans la métropole qu’à l’étranger. Jamais la France, aucun gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu’en soient d’ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce point fondamental. Mesdames, Messieurs, plusieurs députés ont fait des rapprochements entre la politique française en Algérie et en Tunisie. J’affirme qu’aucun rapport n’est plus erroné, qu’aucune comparaison n’est plus fausse ni plus dangereuse. Ici, c’est la France ; là, c’est un pays étranger étroitement associé au nôtre... »

François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, Assemblée nationale, 12 novembre 1954 : « L’Algérie, c’est la France »

« L’Algérie, c’est la France, parce qu’il se trouve que les départements de l’Algérie sont des départements de la République française. Des Flandres jusqu’au Congo, s’il y a quelques différences dans l’application de nos lois, partout la loi s’impose, et cette loi est la loi française, c’est elle que vous votez parce qu’il n’y a qu’un seul Parlement et qu’une seule nation dans les territoires d’outre-mer comme dans les départements d’Algérie, comme dans la métropole. Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l’impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés... Tous ceux qui essaieront, d’une manière ou d’une autre, de créer le désordre et qui tendront à la sécession seront frappés par tous les moyens mis à notre disposition par la loi. Nous frapperons également tous ceux qui contribueront, même indirectement... L’Algérie, c’est la France.


Par Mahfoud Bennoune el watan

Enquête : Les Algériens entre violence et résignation

Posté le 21.06.2008 par kabylieazouzanet
Rarement, sans doute, le "système" algérien n'aura paru aussi opaque. Rarement l'avenir n'aura semblé à la population aussi incertain. "Ceux qui vous disent qu'"ils savent" pratiquent la désinformation. Personne ne sait, en réalité, ce qui se passe au sommet de l'Etat, ni ce qui nous attend", souligne l'avocat Ali Yahia Abdenour, ancien président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme.

Seule certitude des Algériens, les caisses de l'Etat sont pleines : 110 milliards de dollars de réserves de change, fin 2007, grâce aux hydrocarbures. Une telle manne est une chance et un piège, car elle n'incite guère à sortir de l'économie rentière.

Quinze ans après le début de la "décennie de sang", qui allait voir s'affronter les islamistes armés aux forces de sécurité et faire des dizaines de milliers de morts, l'Algérie semble être toujours menacée par le vide. Certes, le pays a changé. On construit partout : autoroutes, immeubles, ponts, barrages... Mais cette politique des grands travaux ne crée pas assez d'emplois. Et une minorité de nouveaux riches côtoie une masse grandissante de pauvres.

Des émeutes éclatent à intervalles de plus en plus rapprochés, du nord au sud et d'est en ouest. Oran, fin mai, a connu deux jours de violences inouïes. Bériane, à 900 km au sud d'Alger, a été secouée, en mars, par des affrontements sanglants entre Arabes et Mozabites. Sont-elles le signe avant-coureur d'une vague déferlante de mécontentements ?

En tous les cas, le langage de l'émeute se propage. Des signes de violences sont évidents. Sur la route, où les automobilistes adoptent des comportements quasi meurtriers ; sur les trottoirs, où des bandes d'adolescents pratiquent le vol à l'arraché ; au sein des familles, enfin, où l'on sait de moins en moins discuter sans s'affronter.

Paradoxalement, ce ne sont pas les kamikazes, ni les voitures piégées, ni les attentats à la bombe qui préoccupent le plus la population. Les gens ont appris à "vivre avec". La région d'Alger a été frappée par une vague d'attentats début juin mais la situation sécuritaire n'a toutefois rien à voir avec les grands pics de violence des années 1990. Ce qui mine la plupart des Algériens, c'est l'absence de perspectives.

"Le peuple se sent abandonné par le pouvoir. Il n'y a aucune communication entre l'un et l'autre. Dans les années 1990, nous souffrions du terrorisme et le pétrole n'était qu'à 9 dollars le baril, rappelle Ali Djerri, journaliste et ancien directeur du quotidien arabophone El-Khabar. Aujourd'hui, le baril flambe et la sécurité est en principe revenue, mais le désespoir est partout. Les gens n'ont qu'une idée : quitter le pays."

Le phénomène des "harragas" - ces jeunes clandestins qui tentent de traverser la Méditerranée à bord d'embarcations de fortune - prend d'ailleurs de l'ampleur. Pas une semaine ne passe sans qu'on apprenne que dix ou quinze personnes ont été interceptées en mer en essayant de gagner les rives de l'Europe.

Pourtant, imperturbable, la chaîne de télévision nationale, baptisée ironiquement "l'Unique", chante chaque soir les louanges du président Abdelaziz Bouteflika. "L'Unique" assure que tout va bien.

"Le plus inquiétant, c'est l'absence de solution de rechange. Si demain, les émeutes se généralisent, personne ne sera capable de contrôler la situation : ni le DRS (la sécurité militaire), car ce n'est pas son rôle, ni la police, car elle pactiserait avec la population !", s'inquiète Chafik Mesbah, un ancien officier devenu analyste politique.

"Nos dirigeants conduisent le pays comme ils conduiraient une brouette !", s'exaspère de son côté l'ancien chef de gouvernement Sid Ahmed Ghozali, secrétaire général du Front démocratique (non agréé). Pour lui, "on occupe la galerie avec de fausses querelles", et le problème n'est pas M. Bouteflika, mais le "système" qui tient l'Algérie. Un système autiste, à bout de souffle, qui risque de conduire le pays à l'explosion. "Nous n'avons pas tiré les leçons du terrorisme des années 1990. On oublie ce que nous avait dit le général Lamari (ancien chef d'état-major des armées) : "Nous avons vaincu le terrorisme militairement. Reste à vaincre l'intégrisme, ce qui est du ressort du politique"", rappelle M. Ghozali.

Mais la vie politique reste atone et la sécurité militaire toujours aussi puissante. Si le terrorisme a très nettement diminué d'intensité, rien n'assure qu'il ne connaîtra pas de regain, les racines du mal étant toujours présentes. Quant au président Bouteflika, il fait assaut de religiosité. Compte-t-il s'appuyer sur les islamistes ? Tente-t-il plutôt de leur ravir la vedette ? Les avis sont partagés. Et envisage-t-il sérieusement de briguer un troisième mandat en avril 2009 malgré une santé précaire ?

"Le régime fonctionne en circuit fermé, sans débat contradictoire, donc sans limite à ses erreurs. Le peuple voit en lui un ennemi. La seule solution, ce serait une bonne gouvernance, un enseignement de qualité, une justice digne de ce nom, soupire Sid Ahmed Ghozali. Croyez-moi, si je suis venu à l'option démocratique, ce n'est pas pour des raisons morales, mais par nécessité ! Il n'y a pas d'autre solution..."

Florence Beaugé

Enquête sur l’étrange « Ben Laden du Sahara »

Posté le 22.03.2008 par kabylieazouzanet
Dans son discours devant la commission des affaires étrangères du Sénat américain, le 18 janvier, la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, a annoncé que « le temps de la diplomatie est venu ». Mais elle a aussi réaffirmé la poursuite de la guerre menée par l’administration Bush contre ce qu’elle a appelé – renouveau sémantique – les « postes avancés de la tyrannie ». Même le Maghreb est concerné par le redéploiement militaire et politique des Etats-Unis : l’affaire El-Para en a donné l’occasion.
Par Salima Mellah et Jean-Baptiste Rivoire

L’affaire commence en 2003. Alors que le gouvernement algérien déploie d’intenses efforts diplomatiques pour obtenir de Washington un soutien financier et militaire, M. Abderrezak « El-Para », un ancien officier des forces spéciales de l’armée algérienne officiellement passé à la guérilla du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), va donner un sacré coup de main au régime. Le 4 janvier, à la veille de l’arrivée à Alger d’une importante délégation militaire américaine venue envisager une reprise des ventes d’armes à l’Algérie dans le cadre de la lutte anti-terroriste, son groupe attaque un convoi militaire près de Batna. Bilan : quarante-trois soldats tués et une émotion considérable dans la population.

Evoquant un enregistrement vidéo qui se révélera plus tard un faux, les services secrets de l’armée algérienne, le tout-puissant département de renseignement et de sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire), s’efforcent d’en persuader l’opinion internationale : El-Para serait un « lieutenant de Ben Laden » chargé d’« implanter Al-Qaida dans la région du Sahel ». Peu après, les Etats-Unis allègent l’embargo sur les armes à destination de l’Algérie et annoncent la vente d’équipements militaires antiterroristes (1). A Alger, fin 2002, M. William Burns, secrétaire d’Etat adjoint américain au Proche-Orient, avait déjà déclaré que « Washington beaucoup apprendre de l’Algérie en matière de lutte contre le terrorisme (2) ».

Toujours début 2003, une nouvelle opération d’El-Para va contribuer à accélérer le rapprochement entre Alger et Washington : entre le 22 février et le 23 mars, trente-deux touristes européens (seize Allemands, dix Autrichiens, quatre Suisses, un Suédois et un Néerlandais) sont enlevés dans la région d’Illizi, en plein Sahara algérien. Ils y seront retenus pendant de longues semaines, avant d’être libérés – après d’obscures tractations dont rien n’a filtré – en deux groupes successifs : les premiers à la mi-mai, les seconds à la mi-août. Une Allemande décédera dans le désert, où elle sera enterrée.
Un épouvantail bien commode

Ainsi l’Algérie passe-t-elle pour une cible d’Al-Qaida, et donc pour un allié naturel des Etats-Unis – comme la traque de Ben Laden avait justifié l’occupation de l’Afghanistan et l’implantation de bases militaires en Asie centrale, région stratégique pour Washington. El-Para serait-il, en mode mineur, l’épouvantail légitimant la présence militaire américaine dans le Sahel, présenté comme éventuelle base arrière d’Al-Qaida ? En mars 2004, le général Charles Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe (Eucom), assurait que des membres d’Al-Qaida tentaient de s’établir « dans la partie nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent un sanctuaire comme en Afghanistan, lorsque les talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres (3) ».

Une chose est sûre : le rapprochement entre Alger et Washington ne peut que profiter à un pouvoir militaire soucieux de faire oublier ses forfaits. Et l’expérience du DRS en la matière montre que, dans les années 1990 déjà, il avait su brillamment instrumentaliser le « terrorisme islamiste » pour contraindre l’Occident à le soutenir...

Fin 1993, le commandement militaire algérien, engagé depuis près de deux ans dans une guerre sans merci contre l’opposition islamiste, cherche à faire basculer la France en sa faveur. A Paris, au ministère de l’intérieur, M. Charles Pasqua et son conseiller Jean-Charles Marchiani soutiennent fidèlement sa politique « éradicatrice », contrairement à l’Elysée et au Quai d’Orsay – où François Mitterrand et M. Alain Juppé souhaitent une attitude moins répressive.

Pour mettre Paris au pas et neutraliser les opposants algériens réfugiés en France, les chefs du DRS et M. Jean-Charles Marchiani prennent l’opinion en otage en organisant, fin octobre 1993, le « vrai-faux » enlèvement des époux Thévenot et d’Alain Freissier, fonctionnaires français en poste à Alger (4). M. Edouard Balladur finit par autoriser M. Pasqua à déclencher l’opération « Chrysanthème », la plus importante rafle d’opposants algériens en France depuis le 17 octobre 1961. Satisfaits, les services algériens montent une opération « bidon » afin d’accréditer l’idée qu’ils sont parvenus à libérer les otages français des griffes de leurs « ravisseurs islamistes ».

Fin 1994, le DRS franchit un pas supplémentaire dans la « guerre contre-insurrectionnelle » en favorisant l’arrivée, à la tête du sanguinaire Groupe islamique armé (GIA), d’un « émir » qu’il contrôle, M. Djamel Zitouni. D’octobre 1994 à juillet 1996, celui-ci et son groupe vont revendiquer des actions sanglantes : détournement d’un Airbus d’Air France en décembre 1994, attentats dans le RER parisien en 1995, enlèvement et assassinat des moines de Tibhirine en 1996, massacres de civils... Tout cela sert, de facto, les objectifs des généraux éradicateurs : discréditer les islamistes, confirmer le soutien de Paris et torpiller toute perspective de compromis politique en Algérie. Dix ans après cette sanglante manipulation, le DRS algérien aurait-il réédité l’opération avec El-Para ?

Après avoir été officier des forces spéciales de l’armée algérienne et, selon ses propres dires, chef des gardes du corps du ministre de la défense, Khaled Nezzar, entre 1990 et 1993 (5), El-Para aurait rejoint la guérilla islamiste en 1992. Plus récemment, il serait devenu le « numéro deux » du GSPC, en guerre contre le pouvoir algérien. Mais El-Para est-il réellement un haut dirigeant de ce groupe ? Dans les documents présentés sur le site Internet du GSPC (6), le nom de Amari Saïfi, alias Abou Haïdara, alias El-Para, ne figure pas avant 2004. Certes, les touristes allemands enlevés début 2003 l’ont reconnu parmi leurs ravisseurs. Mais seul l’état-major de l’armée algérienne, ancien employeur d’El-Para, affirme qu’il agit désormais pour le compte du GSPC... lequel n’a jamais revendiqué l’enlèvement des touristes.

Pour l’hebdomadaire Paris Match, aucun doute : El-Para aurait été « chargé d’implanter Al-Qaida dans le Sahara ». Mais paradoxalement, les écrits et les propos des membres du GSPC – ainsi que les prises de position de leurs ravisseurs rapportées par les otages du Sahara, ou des compagnons d’El-Para interviewés mi-2004 par le même journal – montrent que le combat armé de ces hommes s’inscrit dans une logique exclusivement algérienne (même s’ils se disent solidaires des combats menés par d’autres djihadistes).

Pour prouver l’existence d’un lien entre le GSPC et Al-Qaida, les autorités algériennes avancent qu’un Yéménite du nom de Imad Ibn Al-Wahid, abattu par l’armée près de Batna le 12 septembre 2002, aurait été un « émissaire de Ben Laden dans la région sahélo-maghrébine » et aurait, avant sa mort, enregistré une cassette accordant la caution d’Al-Qaida aux salafistes algériens. Mais, selon les dires de trois ex-membres du GSPC, cette cassette serait tout bonnement un faux, confectionné par la cellule audiovisuelle du groupe (7). Ce type de « preuve », dont la seule source connue est le DRS (ou ses relais dans la presse algérienne), a pourtant permis à l’administration américaine d’inscrire le groupe sur la liste des « organisations terroristes » (Foreign Terrorist Organizations, FTO). Bien que des experts américains doutent de cette affiliation, « l’assimilation du GSPC à Al-Qaida a glissé imperceptiblement dans les mœurs d’écriture de la presse nationale et bientôt étrangère (8) ».

Entre février et août 2003, période de la prise d’otage des touristes du Sahara, il n’y a ni communiqué de revendication, ni demande financière ou politique de la part des mystérieux ravisseurs. Il faut attendre le 12 avril pour que la presse émette l’hypothèse d’une action du GSPC, sans avancer d’éléments probants. Plus troublant : certains prisonniers témoigneront que l’opération n’aurait pas été ordonnée par le chef présumé du GSPC, M. Hassan Hattab, mais par El-Para lui-même (9). Les prisonniers rapportent en outre que leurs ravisseurs communiquent régulièrement par radio et surtout que, très vite, des hélicoptères de l’armée algérienne survolent leurs positions pourtant changeantes. Si El-Para est repéré, pourquoi n’est-il pas mis hors d’état de nuire ?

Le 10 mai 2003, Alger reçoit M. Joseph Fischer, le ministre des affaires étrangères, et M. August Hanning, le chef des services de renseignement (BND). Deux jours plus tard, un premier groupe d’otages est libéré par les militaires algériens. Officiellement, ces derniers ont mené un « bref assaut au cours duquel des précautions ont été prises pour préserver la vie des otages ». Mais, à y regarder de plus près, l’opération ressemble à une manipulation...

Première bizarrerie : au lieu d’utiliser leurs otages comme des boucliers humains, les hommes d’El-Para les ont sommés de se protéger dans des grottes. A l’issue de l’attaque, sortant de leurs caches, les touristes sont surpris de n’apercevoir ni cadavres ni blessés, ni même aucune trace de sang, alors qu’officiellement les militaires auraient tué quatre des ravisseurs. L’un des otages doute de la version officielle : « Les salafistes savaient très bien ce qui allait se passer, ils nous avaient intentionnellement fait marcher 18 km dans le désert pour atteindre un lieu fixé au préalable, géographiquement approprié pour que nous puissions assister au scénario de notre “libération”. Que ait pu être mise en scène par les militaires algériens ne me vint que bien plus tard à l’esprit. (...) Je me demande encore s’il existe des interconnexions entre les salafistes et les militaires (10). »
Entre les « services » et les islamistes

Autre fait troublant : alors qu’ils sont encerclés par les militaires algériens et n’ont pas de véhicules, certains des ravisseurs échappent comme par miracle au piège qui leur est tendu et rejoignent très rapidement le second groupe d’otages, lequel se trouve pourtant à... plus de 1 000 km. Le 18 août, après cette étrange opération, le second groupe d’otages est libéré au Mali, dans des circonstances encore plus rocambolesques, après le versement d’une rançon – 5 millions de dollars, selon diverses sources – par l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse (11). Dès lors, le soupçon s’installe. El-Para, l’ancien officier dont les actions terroristes servent si bien les intérêts d’un régime algérien en quête de soutiens internationaux, ne serait-il pas resté secrètement au service de ses anciens employeurs après avoir infiltré la guérilla islamiste ?

Début mars 2004, El-Para et une cinquantaine de ses hommes sont repérés et attaqués par une unité militaire tchadienne dans le nord du Tchad. Parvenant à s’enfuir avec des complices, le terroriste algérien est finalement capturé par des rebelles du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), en guerre contre le régime d’Idriss Deby. Les rebelles le soupçonnent rapidement d’être « ce salafiste que tout le monde recherche et dont on parle sur les radios internationales (12) ». Sûr de lui, El-Para semble persuadé qu’il va être libéré rapidement : « Je connais beaucoup de monde à Alger, lâche-t-il à ses geôliers. Si vous voulez de l’argent, nous vous en donnerons. » Mais le MDJT refuse : « On s’est adressé à toutes les parties concernées pour pouvoir extrader El-Para et qu’il soit jugé dans des conditions appropriées », nous a déclaré M. Brahim Tchouma, chargé des affaires extérieures du MDJT.

Début avril, trois représentants de la rébellion tchadienne en France sont discrètement conviés en Algérie. Convaincus que celle-ci souhaite récupérer son « ennemi public numéro un », ils acceptent l’invitation et sont reçus par le général Mohamed Médiène, patron du redoutable DRS : « Nous lui avons décrit le chef des prisonniers, et il l’a rapidement identifié comme étant effectivement Amari Saïfi, dit Abderrazak El-Para, raconte M. Mohamed Mehdi, vice-président du MDJT à l’étranger. Les chefs du DRS étaient très bien renseignés. Ils nous ont même fait remarquer que le numéro de téléphone satellite d’El-Para, que nous avions noté sur un bout de papier, comportait une erreur. Ils avaient son vrai numéro. Nous l’avons composé ensemble, et le téléphone d’El-Para, qui avait été récupéré par nos hommes, a effectivement sonné dans le Tibesti ! » Alors, comment expliquer que les autorités algériennes n’aient pas arrêté El-Para plus tôt ?

Plus étrange encore, les pourparlers avec le DRS traînent en longueur : « Les Algériens ont commencé par exiger la plus grande confidentialité, raconte M. Mehdi. Ils ne voulaient pas qu’on révèle la capture d’El-Para. Nous leur avons proposé qu’ils viennent le chercher, mais ils exigeaient qu’on le ramène nous-mêmes au sud de l’Algérie. » Après deux semaines de tractations infructueuses, les rebelles tchadiens se demandent si Alger désire réellement récupérer El-Para, et reprennent les contacts avec les autorités allemandes, qui ont lancé un mandat d’arrêt international contre le terroriste. Mais les pourparlers s’éternisent : depuis les prises d’otages, Alger fait miroiter aux Allemands la signature d’importants contrats (13).

Fin mai, de plus en plus intrigués par la gêne que semble provoquer la capture de l’ancien officier algérien, les rebelles tchadiens lancent un pavé dans la mare en évoquant, dans Le Monde (14), l’étrange réticence des services algériens. Quelques jours plus tard, ceux-ci se décident à agir. Dans le plus grand secret, ils envoient à la frontière tchadienne un commando dont la mission est de récupérer secrètement El-Para, en offrant une importante somme d’argent à l’un des chefs locaux du MDJT. Pour dissimuler son rôle, le DRS va monter un stratagème. Le 2 juin 2004, un journaliste de Radio-France internationale affirme sans détour qu’« Abderrezak El-Para, l’un des hommes les plus recherchés d’Algérie, est libre », expliquant que « d’autres activistes du GSPC ont versé une rançon de 200 000 euros aux rebelles tchadiens pour la libération du Para et de deux autres activistes algériens (15) ».

L’information est inexacte, et le journaliste de RFI, probablement manipulé, invoquera plus tard de mystérieuses « sources militaires algériennes ». « Dès sa diffusion, raconte M. Mohamed Mehdi, j’ai pris contact avec la direction de notre mouvement. Elle a démenti l’information, mais m’a confirmé qu’un de nos commandants locaux, implanté à proximité de la frontière avec le Niger, s’était emparé d’El-Para et de deux de ses lieutenants. » M. Mehdi obtient que les prisonniers soient restitués à la direction du mouvement. Mais, dans les heures qui suivent, il a la surprise de recevoir un coup de téléphone de l’un des officiers du DRS rencontré quelques semaines plus tôt à Alger. Furieux, ce dernier reproche à la direction du MDJT d’avoir « fait capoter l’exfiltration d’El-Para ». « Nous n’avions rien convenu, se défend aujourd’hui M. Mehdi. Pourquoi les Algériens avaient-ils négocié dans notre dos avec un de nos chefs locaux ? Pourquoi avoir voulu faire croire que nous avions revendu El-Para aux salafistes, alors qu’en réalité c’était la Sécurité militaire qui cherchait à le récupérer discrètement ? »

Le MDJT propose alors à l’Allemagne de lui livrer El-Para et ses hommes, via la Libye. Début juillet, le transfert de deux premiers prisonniers se termine mal : après les avoir récupérés, les Libyens déclarent qu’ils les ont tués dans un « accrochage ». S’estimant victime d’une trahison libyenne, le MDJT bloque alors l’exfiltration. Interviewé quelques jours plus tard par des journalistes de Paris Match (accompagnés d’un caméraman de France 2), El-Para reconnaît sa responsabilité dans l’enlèvement de trente-deux touristes au printemps 2003, mais nie travailler pour le compte de M. Ben Laden (16).

Embarrassés, les services algériens parviendront finalement, fin octobre 2004, à convaincre un commandant local du MDJT de leur livrer l’encombrant prisonnier. Une fois entre les mains du DRS, le « Ben Laden du désert » n’est plus considéré comme une grosse prise (17). Depuis, selon la presse algérienne, il soutiendrait le projet d’amnistie générale du président Abdelaziz Bouteflika, destiné à absoudre aussi bien les terroristes que les chefs militaires impliqués dans les crimes contre l’humanité commis au cours de la « sale guerre (18) »...

Le peu d’empressement de l’administration Bush à récupérer « le bras droit de Ben Laden au Sahel » semble paradoxal. Il s’explique sans doute de façon cynique : après les attentats du 11-Septembre, les Etats-Unis avaient tout intérêt à se rapprocher du régime algérien. En 2003, après avoir annoncé la vente à l’Algérie d’équipements militaires antiterroristes, Washington a décrété que c’était le pays « le plus démocratique » du monde arabe. L’essentiel, c’est l’implantation de points d’appui militaires au Maghreb et au Sahel : l’initiative dite « Pan-Sahel » est devenue opérationnelle en novembre 2003, peu après la prise d’otages du Sahara. Objectif des Etats-Unis : restructurer leurs bases militaires dans le monde. Au lieu d’entretenir de grandes structures lourdes, coûteuses et peu flexibles, ils projettent de développer un réseau de petites bases opérationnelles, nécessitant peu de personnel.

L’Afrique du Nord et de l’Ouest constitue l’un des centres de gravité de ce projet, en raison de ses réserves de pétrole, qui couvrent actuellement 17 % des besoins américains et qui, dans les dix prochaines années, devraient fournir aux Etats-Unis 25 % de leurs importations. Avec son chiffre d’affaires estimé à 32 milliards de dollars en 2004 et son statut de première compagnie d’Afrique, la Sonatrach algérienne joue un rôle majeur.
Des points d’appui militaires pour Washington

Non seulement les Américains ont installé un important contingent militaire de 2 000 soldats à Djibouti, base militaire française depuis la période coloniale, mais ils projettent la création d’une douzaine de bases dans la région : Sénégal, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad, Ghana, Maroc, Tunisie et Algérie (19). Dans ce dernier pays, certains médias font déjà état de l’existence d’une antenne des forces spéciales américaines d’une capacité de 400 hommes non loin de Tamanrasset. L’Algérie deviendrait un « Etat pivot », indispensable pour les futurs déploiements militaires dans la région, selon la conception géostratégique américaine du « Grand Moyen-Orient ».

Au printemps 2004, Washington a décidé de porter de 7 à 125 millions de dollars le budget consacré à l’initiative Pan-Sahel, un geste qui devrait leur permettre d’augmenter leurs ventes d’armes aux pays de la région. Or, affirmait alors la presse algérienne, « il n’y a que le GSPC qui justifie la présence américaine dans la région. Si le Para est tué – et officiellement identifié –, ou s’il est capturé et remis à un Etat tiers, alors beaucoup de choses risquent d’être réévaluées (20) ». La mise hors d’état de nuire d’El-Para embarrasserait donc aussi bien les Etats-Unis que les Etats du Sahel, tous ayant intérêt à ce qu’il continue à écumer la région... Et s’il devait être arrêté, mieux vaudrait qu’il le soit par les Algériens, pour éviter des révélations embarrassantes. En juillet 2004, le porte-parole du département d’Etat américain, M. Richard Boucher, déclarait : « El-Para et ses complices doivent être remis aux autorités algériennes dans les meilleurs délais, afin d’être jugés sur la base des charges qui pèsent sur eux (21). »

Cette offensive américaine empiète à l’évidence sur les zones d’influence de la France, dont les bastions traditionnels – comme le Tchad, l’Angola et jusqu’au fidèle Gabon – font l’objet des convoitises des sociétés américaines (22). Ces visées s’accompagnent évidemment d’une volonté de marginaliser le rôle militaire de Paris dans la région. Qu’il s’agisse de l’approvisionnement en armement, de l’attribution de contrats de prospection et d’exploitation d’hydrocarbures ou des échanges commerciaux (projet américain Eizenstadt pour une zone de libre-échange pour 2004, qui a déjà été réalisée avec le Maroc, en concurrence avec la zone de libre-échange euroméditerranéenne prévue pour 2010), la France, qui avait pourtant soutenu le régime militaire algérien durant toutes ces années de « guerre totale », craint clairement de se voir évincée par la première puissance mondiale.

C’est pourquoi, le processus de Barcelone lancé en 1995 étant bloqué, le gouvernement français s’est concentré sur les relations bilatérales avec l’Algérie. La visite du président Chirac en Algérie en 2003 traduisait ce souci : la déclaration d’Alger du 2 mars 2003 (23) était le prélude à la signature d’un « traité d’amitié » prévue en 2005, avec pour objectif la mise en place d’un « partenariat d’exception » sur le plan économique, culturel, scientifique, humain et... militaire. Les visites croisées de ministres des deux pays se sont multipliées et, face à la frilosité des sociétés françaises sollicitées pour investir en Algérie, Paris a préparé un « accord global » relatif à l’investissement vers ce pays. Il est même question de signer un « accord de défense ». Mais, à la grande déception des Français, l’Algérie n’a pourtant pas adhéré à l’Organisation internationale de la francophonie lors de sa session du 26 novembre 2004.

Le régime algérien a donc su exploiter habilement les retombées des attentats du 11-Septembre. Comprenant que les Etats-Unis cherchaient à s’implanter dans nord de l’Afrique, il a très vraisemblablement sponsorisé – ou au moins laissé agir – un « Ben Laden » local. Sa capture par les rebelles tchadiens, « grain de sable » dans le scénario, n’avait toutefois pas été prévue. Pour le remplacer, un nouveau terroriste a été récemment mis en avant dans la presse algérienne. Selon le quotidien L’Expression, le contrebandier Mokhtar Belmokhtar et ses hommes – présentés de longue date comme liés au GSPC – seraient dorénavant dans le collimateur des autorités : « Depuis l’affaire de l’enlèvement des touristes européens dans le Grand Sud algérien, ce groupe est devenu la bête noire de tous les services secrets occidentaux (24). » Affaire à suivre...

Enquête sur l’Assassinat des moines de Tibhirine

Posté le 22.03.2008 par kabylieazouzanet
Le journaliste Rivoire mis en examen dans l’affaire Contant

Concernant les faits, Rina Sherman rappelle qu’à la fin du mois de janvier 2004, Didier Contant, ancien rédacteur en chef de l’Agence Gamma, revenait d’une investigation en Algérie sur l’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibhirine en 1996.

A Paris, il apprenait que Jean-Baptiste Rivoire de Canal+, faisant foi d’un email reçu d’Amnesty International à Londres, l’accusait de travailler pour les services secrets algériens et français et d’avoir harcelé l’épouse d’Abdelkader Tigha, le discréditant auprès des rédactions parisiennes, dont celle du journal Figaro Magazine qui devait publier son enquête. Transfuge de l’armée algérienne, Tigha mettait en cause l’armée algérienne dans la mort des moines, thèse défendue par l’équipe de Canal+, comme par les membres du lobby « Qui tue qui ? » Cet ancien sous-officier constituait un témoin-clé pour les émissions « Lundi investigation et 90 Minutes » de Canal+, ainsi que pour la plainte déposée en décembre 2003 par Me Baudouin (FIDH) pour une des familles des moines victimes. Les précédentes investigations de Didier Contant ont été publiées respectivement dans le Pèlerin magazine en février 2003 et dans le Figaro Magazine en décembre 2003. Au cours de sa dernière investigation, Didier Contant avait trouvé de nouveaux témoins indiquant que les moines avaient été assassinés par le GIA et il avait recueilli des témoignages mettant en doute la personne d’Abdelkader Tigha. Malgré la gravité des accusations, aucun confrère des rédactions parisiennes ne demandait au journaliste de Canal+, Jean-Baptiste Rivoire, d’en apporter la preuve. Profondément atteint dans sa réputation et son honneur, Didier Contant ne supporte pas la calomnie et meurt dans des circonstances troublantes. L’enquête a conclu à un suicide. Un seul journaliste posera la question de la responsabilité de son confrère de Canal + dans sa mort : Jean-François Kahn dans l’hebdomadaire Marianne. Condamné une première fois pour diffamation, Kahn a gagné le procès en appel qui établissait un lien entre les agissements des journalistes de Canal + et la mort de Didier Contant. Convaincue de l’innocence de Didier Contant et de l’effet néfaste que les accusations de l’équipe de Canal+ ont eu sur ce journaliste chevronné, Rina Sherman a mené une contre-enquête sur la mort de son compagnon. Les conclusions de son enquête lui ont permis de déposer une plainte, avec constitution en partie civile pour violences volontaires contre Rivoire de Canal+ et de publier un livre, Le huitième mort de Tibhirine (éditions Tatamis, Paris et éditions Lazhari Labter & Le Soir d’Algérie, Alger) en 2007. Rina Sherman sortira prochainement un film, Paris de mes exils qui porte une réflexion sur la liberté d’expression constituant un droit fondamental de l’être humain.
Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus